Le Roi Arthur

 

Quand l’Archéologie vient corroborer la Tradition.

Arthur Retouvé !

“La matière arthurienne est l’un des éléments fondamentaux du légendaire celtique. Elle imprègne notre Tradition à un point tel qu’elle en est incontournable.

Véhiculée par nos anciens Bardes de manière exclusivement orale, elle fut retranscrite, pour l’essentiel, à la fin du XIème siècle au pays de Galles par Geoffroy de Monmouth. Il s’agissait alors d’une récupération chrétienne d’un thème plus ancien immergé dans la Tradition druidique.

Cette démarche récupératrice supposait qu’à côté d’éléments bien conservés s’en trouvent d’autres qui étaient inventés de toutes pièces, afin de complaire à l’idéologie christique dominante, originaire du Moyen-Orient. La superposition  de deux traditions aussi différentes impliquait des dérives.  

 

L’épée de Nuada.

Ainsi « Excalibur », l’épée du Roi Arthur, qu’il dut extraire de la Pierre sacrée et qu’avait reçue son père Uther Pendragon, a-t-elle un tout autre sens dans la tradition initiale que dans le texte christianisé.

Dans la première, il s’agit de l’épée de Nuada, lumineuse et magique, que les Dieux confièrent aux Druides primordiaux comme l’un des quatre Attributs sacrés des Celtes.

Or, sa présence dans le roc, si elle ne signifie rien dans la version chrétienne (où l’on a, dans certaines versions, parfois remplacé la Pierre par une enclume, ce qui atteste du degré d’incompréhension de la symbolique initiale), est en revanche un symbole essentiel dans le sens druidique.

 

Le Dragon Rouge.

Car la pierre sacrée est elle aussi l’un des quatre Attributs, attaché à l’idée de pérennité et de Souveraineté (« La Pierre de Souveraineté », Fabien Régnier-1998). L’Epée, dans la Pierre, c’est l’étroite dépendance de la Souveraineté et de la Force qui la défend.

Qui plus est, l’alliance de ces deux symboles est la représentation même du destin d’Arthur (Artus) : il fut le bras armé qui redonna pour un temps aux Celtes leur souveraineté et la maîtrise de leur destinée, en unifiant les tribus du dragon rouge contre les Saxons (symbolisés par le dragon blanc).

 

 Le Bouclier Pridwenn.

Le troisième attribut sacré était la lance de Lumière, celle du Dieu Lug. Dans la geste bardique arthurienne, c’est précisément celle-ci que le Roi utilise pour hisser la bannière au dragon rouge…Protectrice, elle fut surnommée « Pridwenn » et par extension de son sens protecteur : le « bouclier Pridwenn » (« Les Grands Bardes Gallois », Jean Markale, 1981).

Quant au quatrième Attribut de la Tradition, il s’agissait du Chaudron sacré, symbole d’immortalité et de connaissance (les deux se trouvant en étroite dépendance, comme l’attestent les thèmes de Diancecht, de Bran Vendigeit et de Taliesin).

C’est la nécessité de réunir les quatre Attributs (l’Epée, la Pierre, la Lance, le Chaudron) qui justifiera la « Quête du Graal ». Le christianisme, quant à lui, a voulu expliquer l’étymologie d’Excalibur par un mot hébraïque, et le Graal par le Calice (censé avoir été ramené de Palestine par Joseph d’Arimathie).

On mesure le fossé, l’abîme d’incompréhension entre les deux traditions. Quant aux versions ultérieures, y compris celle de Chrétien de Troyes, elles ne sont guère que des compilations de la première, qui contribuent à enfoncer toujours un peu plus le clou de la dérive christianisante en l’éloignant de plus en plus du thème originel.

Tant et si bien qu’à force d’ajouts postérieurs, d’invraisemblances et d’incompréhension, on en est arrivé à l’époque moderne à croire que tout cela n’était que pure invention, et qu’Arthur « n’avait sans doute jamais existé ». Des historiens ignorant tout de la Tradition se sont cru autorisés à écrire de telles inepties.

On a échauffé mille thèses absurdes au sujet du Graal, à propos du Roi ou sur Merlin. Le point commun à la plupart de celles-ci, c’est que leurs auteurs ne se basaient que sur les transcriptions chrétiennes, faute de connaissance du thème et du contexte originel. Soulignant les absurdités de celles-ci, on avait répandu l’idée qu’en fait tout cela était purement imaginaire et qu’Arthur, tout comme Merlin ou autres, n’étaient que des « archétypes ».

 

 Le Château de Tintagel.

Quant à la Tradition originelle, malheureusement bien occultée, elle nous disait le contraire…Elle nous enseignait qu’après l’invasion de l’île de Bretagne  par les Angles, les Jutes et les Saxons, due à l’imprévoyance de Vortigern, (Vortigern était le roitelet celte du Cantium -l’actuel Comté de Kent au sud-est de l’Angleterre- vers le milieu du Vème siècle, dont la capitale était Canterbury. Le pays comme la ville tirent leur nom de la tribu celte des Cantii), les tribus celtes avaient été conquises et anéanties les unes après les autres.

Jusqu’au jour où le Druide Merlin (le Myrddhin de la Tradition Bardique) avait « réveillé le souffle du Dragon (rouge) » pour donner avec l’aide des Dieux, la puissance (« Excalibur ») à Uther Pendragon. Celui-ci avait failli à sa tâche, car il n’était point l’élu, mais uniquement « l’instrument » par lequel serait enfanté le véritable élu.

Au château légendaire de Tintagel, en Cornouailles, il avait au cours de la nuit du « réveil du souffle du dragon », conçu avec la belle Ygern (épouse du roitelet de la tribu des Cornovii de Cornouailles, présentée dans les versions ultérieures comme la « duchesse de Cornouailles »), un enfant. Lorsque celui-ci naquit, il fut nommé Arthur (Artus, d’Artos qui signifie « ours » en britonnique ancien, en rapport avec un thème astral druidique) par Merlin, qui le prit avec lui (après son « fosterage », il l’enseignera). Il était le demi-frère de Morgann (passée à la postérité sous l’appellation de « Fée Morgane », ou Morrigane).

Selon l’antique tradition celtique, il fut confié en « fosterage » (la pratique du « fosterage » consistait à confier l’éducation d’un garçon à des parents adoptifs, afin de renforcer les liens entre les familles) et devint ainsi « frère de lait », puis écuyer, de Kai. Pendant ce temps, Uther Pendragon expiait ses fautes en périssant et,  mourant, plongea l’épée dans le Rocher.

Il devait revenir plus tard à Arthur, l’élu, d’être le seul à pouvoir l’en extraire. Dès lors, il rassembla les clans et les tribus sous la bannière au Dragon rouge. Alors les Celtes reprirent en main leur destin. L’épopée arthurienne partit de Tintagel et de Camelot, ses deux résidences.

 

Le printemps des Celtes.

Elle arrêta l’expansion saxonne, mais l’impossibilité d’achever la Quête du Graal mit un terme à  ce que la légende nommait le « Printemps des Celtes ». Morgann et Arthur engendrèrent Modred, qui fut l’instrument de la chute et de la punition. 

Lancelot et Guenièvre avaient trahi la confiance d’Arthur. Lors du soir ultime, Lancelot se présenta sur le champ de bataille et fut pardonné par Arthur agonisant. Il dut jeter dans l’eau sacrée « Excalibur », suivant un antique rituel de purification bien connu de la Tradition druidique (le retour à l’eau primordiale et lustrale, qui explique que l’on a trouvé des offrandes votives d’épées celtiques en de nombreux points d’eau, comme au site de la Tène, par exemple).

Puis, lorsqu’il en revint, il vit la nef qui emportait Arthur en Avalon, pour que commence sa longue « dormition ». Il faudra dès lors attendre encore un cycle complet avant qu’un autre « deux-fois-né » hisse à nouveau la bannière au Dragon rouge, sous le nom de Llywellyn, cett fois-ci. Voilà pour l’essentiel du thème.

Or, cet épisode légendaire porte en lui-même un certain nombre de précisions. Tout d’abord, il nous donne des lieux précis : la Cornouailles, et plus exactement, le château de Tintagel. Ensuite, bien entendu, il nous donne le nom d’Arthur.

Enfin, son contexte de lutte contre les Saxons nous conduit à une fourchette chronologique située entre la fin du Vème et le tout début du VIème siècle. Retenez bien ces trois points, parvenus jusqu’à nous uniquement par la version bardique (donc païenne) de la légende arthurienne (car les versions chrétiennes, au contraire, n’expliquent ni le contexte de lutte contre les Saxons ni bien entendu l’époque).

Or, au cours de l’été 1998, des archéologues britanniques qui fouillaient depuis des années le site des ruines du château de Tintagel, en Cornouailles, ont atteint le niveau stratigraphique du tout début du VIème siècle. Et voilà qu’ils y ont trouvé une pierre gravée qui porte le nom d’Arthur !

Cet extraordinaire apport de l’archéologie, venant corroborer notre vieille légende, a fait grand bruit au Royaume Uni, à l’inverse de la France (seul « Le Figaro » en a parlé).

Nous ne pouvons, quant à nous, que souligner l’importance d’une telle trouvaille au regard de la Tradition Celtique. »

Renos – La Tribune Celtique. 

 

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