Les Dames du Lac

Viviane, Guenièvre, Morgane ou les trois grandes forces du Féminin.       

 (Notes prises par Virginie Peron lors de conférences du Congrès d’Anthropologie Gnostique “Terre de Merlin” –  Brest 2003)

 

Lecture d’un passage du “Merlin” de Barjavel. Il vient de rencontrer la jeune Viviane, dont il a besoin pour guérir Arthur.

Elle doit connaître le nom et le signe de chacun de ses pouvoirs mais avant d’y accéder, il lui faudra être prête car certains sont très puissants. Il lui en révèle cependant un sans danger : celui de créer des oiseaux, fleurs et papillons. Pour cela, il lui faudra dire le “nom” de ce pouvoir ainsi que le souffler et le siffler.

Nous aussi nous avons des ressources étonnantes, surprenantes en nous, dans notre partie sauvage, naturelle, et elles attendent que nous les révélions.

Chacun d’entre nous possède aussi son “vrai nom“, de toute éternité, et c’est peut-être la seule chose de valeur que nous possédions et que nous avons perdue : la fameuse “parole perdue”…

Il faut donc partir à la quête de ce vrai nom, de notre véritable identité, de notre être réel. Etre, c’est l’Etre. (Mais, nous avons tellement de masques, de fausses personnalités…) Nous l’avons “embouteillé” et nous croyons que nous sommes incapables de faire ce qu’a fait Viviane. Ce n’est qu’une croyance, celle à laquelle nous nous sommes limités.

Lorsque l’on perçoit les synchronicités, coïncidences, c’est que nous sommes plus près déjà de cet état d’être, et quand nous sommes dans l’état d’être, tous les possibles sont possibles. Or, il est rare que nous soyions suffisamment dans un état “d’alerte nouveauté”, on vit hélas à travers les filtres de notre passé. Face à un évènement, nous sommes pleins d’apriori, conditionnés, enfermés, limités et notre vie nous paraît morne, triste, ennuyeuse.

Pourtant, l’existence est tellement riche d’instants présents  qui ne sont jamais les mêmes, car chaque instant est unique ! Notre état de réceptivité est donc très important. Le quotidien est une véritable aventure, d’instant en instant, jamais tout à fait le même. Pourquoi le fuir ?

La faculté d’émerveillement, voilà ce qu’il faut entretenir, nourrir, avec “l’attention à l’instant présent“. Si nous vivons notre existence de façon monotone, automatique, les sens bouchés, la vie est inintéressante. Mais si nous vivons chaque seconde avec une qualité d‘être, de conscience, d’attention, elle devient une aventure extraordinaire.

La Femme, au sens large, joue un rôle essentiel dans la Quête au quotidien. L’Homme, quand il se concentre sur une chose, le fait à 95%. Il n’est alors pas vraiment conscient de tout le reste. Une femme, elle ne le sera qu’à 65%, donc 35% restent disponibles. Cela peut cependant amener à une certaine dispersion  et au stress. Finalement, tous les deux ne sont pas tellement dans l’Etre mais dans le Faire. Mais en ce qui concerne le quotidien, la Femme est quand même très présente.

D’où l’intérêt de faire le soir une rétrospective de sa journée : combien de temps avons-nous été vraiment éveillé, attentionné, heureux ? Commettre un péché veut dire en hébreu : rater sa cible ! Ainsi, si l’on n’est pas attentif au côté nouveau de chaque instant, on va rater beaucoup de choses : les petites fleurs que crée Viviane, c’est peut-être tous les petits “présents” de la Vie quand on est “présent“.

Il s’agit bien d’être attentif aux signes qui nous sont offerts à chaque instant, et qui nous indiquent le chemin vers nous-mêmes.

 

Dans la légende arthurienne, il y a beaucoup de chevaliers guerroyants, mais sans les femmes, aucune quête ne peut avoir lieu. La Femme est l’initiatrice de l’Homme, elle le met sur le chemin, et ce, notamment, en trois points importants :

1 – Une femme a donné la Vie : Viviane.

2 – Une femme permettra de recontrer l’Amour : Guenièvre.

3 – Une force permettra de finir l’existence, la Mort : Morgane.

Viviane ou Nimue est la force électrique positive. C’est la protectrice, la salvatrice, la “gentille”, celle qui se sacrifie aussi (et à l’extrême, peut en devenir possessive).

Guenièvre (comme Blanche Neige) est la force électriquement neutre. La victime, sujette à des forces qui la contrôlent et la maîtrisent.

Morgane est la force électrique négative, la “méchante” en apparence.

Ces trois forces gouvernent tout l’univers : c’est la Sainte Trinité fondamentale et pour nous amener à l’état d’éveil, entrer dans une vraie vie et en prendre conscience, il faut en être séparé. Pour que l’aventure puisse exister, il faut que l’énergie soit mise en mouvement. Il faut donc les trois forces et que d’abord la négative se mette en place, car sans la tension du négatif rien ne se met en place (ainsi il est bien rare que quelqu’un se mette en recherche spirituelle s’il n’a pas rencontré de difficultés).

 

Dans la légende arthurienne, Morgane est la demi-soeur d’Arthur, une druidesse qui connaissait les mystères de l’île d’Avalon, une très grande prêtresse, la seule qui puisse rivaliser avec Merlin. Son action va amener en permanence le drame qui lui-même amène aux dépassements de nos limites, quand on accepte de se servir de l’épreuve comme d’une opportunité pour grandir, développer valeurs et courage, astuces et ressources que nous ignorions cachés au fond de nous.

Ainsi, le “bourreau” nous ouvre les portes du Paradis. Son symbolisme est celui du serpent tentateur, (une de ses actions les plus terribles est de faire un enfant à son demi-frère, Mordred), du dragon. Elle crée le sortilège du Val sans Retour où sont emprisonnés tous les chevaliers infidèles (seul Lancelot s’en sortira). Elle représente le paradoxe de la mort : elle teste notre capacité à vivre.

…Contrairement à Guenièvre (ce qui veut dire “blanc fantôme”) qui a certes une vie très occupée mais simplement entre le “remplir” et le “vider”, très automatique, sujette aux circonstances. Les choses nous arrivent, nous “tombent dessus”, on les subit (en bien ou en mal, peu importe, c’est mécanique). Guenièvre est tout le temps en alternance entre Lancelot et Arthur, elle est neutre, inféconde.

Viviane, elle, sera le serpent rédempteur ou serpent d’airain. Symbole de toutes les mères sacrées, des sources, des fontaines qui guérissent, des eaux créatrices, fécondantes. Cependant, comme Guenièvre, elle est stérile, alors que Morgane va donner la vie (yin, yang, la vie contient la mort, la mort contient la vie). Viviane va transmettre à Arthur une épée, Excalibur, épée de souveraineté. Son fourreau protège de toutes les blessures, maladies, etc…Il représente l’elixir de longue vie.

Le jeune Arthur ne sait pas qui sont ses parents, qu’il est fils de roi (comme nous vis-à-vis de nos parents internes). Viviane va le mettre sur le chemin et en plus va lui donner des outils pour se réaliser.

Tant que la femme ne joue pas son rôle d’initiatrice, l’homme ne peut pas devenir roi, et tant qu’il n’est pas roi, elle ne peut devenir reine. Elle amène donc à la chute puis va aider à la rédemption. Sans l’éternel féminin, rien ne peut se faire.

Maya ou l’aspect féminin de Bramha va danser et créer dans sa danse tout l’univers, et c’est dans cette matrice d’illusion que nous allons pouvoir accéder à la conscience.

Viviane vit au plus profond d’un lac, dans un château de cristal. Elle va donner l’épée ou la force de kundalini, symbole de la volonté, des feux de l’âme, les feux parapsychiques.

Si nous faisons bien attention à notre lac intérieur, nous apercevrons notre château de cristal. Ce lac est notre mental quand il est le plus calme possible, car plus il sera serein, plus nous pourrons rencontrer notre vraie mère intérieure, notre Viviane intérieure. Ce lac, c’est aussi nos eaux séminales.

Chacun d’entre nous est appelé à vivre cette grande aventure chevalresque dans notre vie, si nous suivons les signes !

One Response to “Les Dames du Lac”

  1. Sylv5 says:

    Très beau texte et analyse intéressante des trois pôles de la féminité.

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