La communication non-violente

“Marshall Rosenberg, docteur en psychologie clinique aux Etats-Unis, a mis au point le processus de communication non-violente, dans l’esprit et la ligne des travaux de Carl Rogers. On y retrouve également des notions familières à Thomas Gordon. La non-violence porte en elle des valeurs de respect, de liberté, de bienveillance mutuelle, de responsabilité. Comment les rendre concrètes et efficaces dans nos échanges ?

Rosenberg a proposé ce processus en quatre points :

. Observer les faits sans les juger,

. Vérifier son sentiment sans interprétation ni préjugés,

. Ecouter  ce que le sentiment renseigne comme besoin fondamental, et, quand on a pris conscience du besoin,

. Formuler une demande ou engager une action.


 

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Beaucoup de nos conflits viennent de ce que nous mélangeons ces quatre points.

 

Nous prenons trop souvent nos sentiments pour des faits, nous prenons nos interprétations pour la réalité, nous n’écoutons pas nos sentiments, nous jugeons les autres, nous ne sommes pas à l’écoute de nos propres besoins. A contraire, nous accusons, nous reprochons, nous critiquons et, souvent, nous nous plaignons de choses qui ne vont pas, sans mettre en oeuvre des demandes ou des actions concrètes pour que ça aille mieux.

La violence est l’expression de notre frustration, de nos besoins non reconnus, non satisfaits. Si nos besoins sont satisfaits ou au moins identifiés, reconnus, validés, (car il n’est pas toujours possible de les satisfaire),  la plupart du temps, la violence n’a pas de raison d’être. Nous pourrions suggérer en effet que nos besoins ont plus besoin d’être reconnus que satisfaits. Je crois de moins en moins à la méchanceté des personnes et de plus en plus au pouvoir de l’amertume et de la peur ainsi qu’à la puissance qui se nourrit de la frustration.

La méchanceté est l’expression de l’amertume des gens qui n’ont pas pris soin de leur propre souffrance. Au fond, nous risquons tous d’être violents tôt ou tard, si nous ne prenons pas conscience de nos besoins, si nous n’arrivons pas à les nommer, à les exprimer.  Il y a un langage à apprendre pour mettre des mots sur les choses plutôt qu’une claque à son voisin…

Avoir conscience de la violence est une première étape. On ne peut pas sortir de la violence si on ne sait pas que l’on est dedans. Il est nécessaire de mettre à jour cette violence subtile que nous entretenons sur nous-même et sur les autres. Je me juge, je me cadenasse, je ne m’écoute pas, je me force, je suis violent envers moi et, par contagion, je vais être aussi violent dans ma relation. Il faut donc en prendre conscience, mais cela ne suffit pas. Pour changer, il faut non seulement savoir que l’on est dans un piège mais aussi comment le mécanisme s’est enclenché. Nous avons appris à faire, pas à être.

Pendant des générations, on a utilisé le sentiment suivi du “tu” sans l’indication du besoin : “je suis content-e quand tu fais ce que je dis”, “je ne t’aime plus, si tu…”. Nous sommes conditionnés à répondre et à correspondre aux attentes de l’autre, nous nous adaptons à elles. Quand on a compris que l’on s’est conformé pour être aimé, on peut petit à petit sortir du piège, exprimer sa différence, accepter les désaccords, tolérer de ne pas plaire à tout le monde et se sentir malgré tout en sécurité…

…Dans les entreprises et les administrations, il y a une hiérarchie très claire des pouvoirs qui entraîne de multiples souffrances. On ne peut pas changer cela d’un coup, mais la communication peut aider à vivre ces rapport de forces. On peut changer l’attitude individuelle dans un rapport hiérarchique, développer la coopération et la complémentarité dans une équipe. A partir d’un petit groupe, il peut y avoir contagion dans l’entreprise. La direction peut devenir une autorité reconnue, acceptée et sans soumission…

Dans la communication non-violente, il y a l’idée que la collaboration de chacun est précieuse et donc la contestation, les idées contradictoires sont bienvenues. Cela peut permettre de soulever des questions que la direction n’a pas perçues. ..

L’éducation nous a habitués à nous soumettre à une autorité. La contrepartie, c’est la rébellion : on s’oppose, on argumente contre l’autre, on veut lui faire admettre qu’il a tort…On est pollué par cette habitude de vouloir trancher à tort ou à raison, en bien ou en mal, juste ou pas juste.

La communication non-violente vise, au contraire, une cohabitation sereine, un constat de la différence dans le respect. Il n’y a pas une position bonne et une mauvaise, celui qui est dans le juste  et l’autre qui est dans le faux. Il y a différents besoins qu’il suffit parfois d’écouter pour se comprendre.

Or les gouvernements mettent des moyens considérables  pour faire la guerre : des ressources humaines, technologiques, du matériel, des bâtiments, des réserves d’énergie de toutes sortes…tout en prétendant préparer la paix. C’est un conditionnement dont il faut se défaire. La paix est un bien précieux qui ne tombe pas du ciel. Il faut donc mobiliser les énergies pour créer de la paix et créer des outils de paix. Imaginons un instant que ces gouvernements mettent autant de moyens pour stimuler les populations à imaginer des outils de paix qu’ils en mettent au service de la guerre, on change alors complètement l’énergie du monde…C’est certes un rêve, mais c’est aussi une perspective pour avancer…

La communication non-violente peut être un excellent outil de la méditation, pour aider les personnes à s’écouter et à se comprendre dans leurs besoins respectifs, même s’ils ne sont pas d’accord, mais au moins maintenir  l’estime dans la différence.

 

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Ma définition de la non-violence est la cohabitation dans la force respectée de chacun, le fait que nous avons tous de la force en nous et que nous pouvons trouver une façon de l’affirmer, assertive et non agressive. Les gens disent souvent : “mais c’est pas possible de fonctionner sans colère, sans avoir à dire non, sans avoir à mettre des limites, de la structure…”. La non-violence, c’est précisément savoir dire non, mettre des limites, de la structure, et savoir exprimer sa colère pour faire entendre ses besoins sans violence, pour prendre sa place sans s’écraser”.

Thomas d’Ansembourg – Extraits d’une interview parue dans la revue Non-Violence Actualités – N° 271, novembre-décembre 2003

 


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