Les âmes

“Le chemin est sans fin. Dans la forêt de la vie, c’est comme un entrelacs qui perpétuellement se lie et se délie. Les vides se remplissent, les noeuds s’aplanissent, les pleins se dévident. Morts et défunts communient, communiquent. La forêt se nourrit et s’accroît de l’humus, les feuilles, toutes différentes dans l’arbre qui les a vues naître, se réunissent  sur la terre et nourrissent. Point ne pourrissent, mais se font nourricières. L’humanité vit grâce à cette harmonie…Il en va dans la mort comme dans la vie, des âmes méchantes et des âmes bonnes. La mort, tu dois l’apprendre, n’est que le milieu d’une longue vie. Et, tant que le monde dure, il y a des instants particuliers durant lesquels tous nous sommes réunis. D’ailleurs on ne dit pas “les morts“, mais “l‘anaon“, ce sont les âmes, les âmes vivantes dans une autre vie qui reviennent. Il y a des temps proprices  à ces retours, les mêmes temps qui rythment la vie des hommes, les saisons.

 

Huelgoat- le chaos

 

Au moment de l’été, nous faisons de grands feux, les “tantad“. Puis les gens font cercle autour du “tantad“, on dit une prière et après une ronde, au troisième tour de la ronde, chacun se baisse et ramasse  un caillou qu’il jette dans le feu. Dès lors, la pierre s’appelle “an anaon“. Quand le feu a fini de flamber, les âmes viennent se chauffer autour des braises et, au rythme de la musique, âmes et humains dansent ensemble. C’est comme la ronde des étoiles dans le ciel. Au soir du premier jour du “miz” (le mois “noir”, novembre), on faisait aussi une tourte de pain qu’on appelle “bara an anaon“, “le pain des âmes“. Au milieu de la tourte, on plantait un petit arbre et on mettait à l’extrémité de chacun de ses rameaux une pomme rouge. Une pomme…pour rappeler  la navigation vers l’Autre Monde de “Mael-Den“. Pour nous, l’année commence au premier jour du “miz du“, ce n’est pas un hasard, c’est le moment de la grande fête, quand s’ouvrent les portes de l’Autre Monde où les âmes s’en vont vivre éternellement  jeunes. En ces instants, tous, vraiment tous, nous communions. Et  tout est vivant. Tout participe au même élan. L’eau, les arbres, les pierres nous parlent de ceux que nous ne voyons plus. Et il n’y a pas de tristesse. Grâce à ces contacts, le monde se perpétue, se rajeunit, ne se fige pas, il reste en mouvement comme dans nos chants et nos danses”.

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Extrait du livre d’Alan Stivell  – “Sur la route des plus belles légendes celtes”.

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