Les âmes

“Le chemin est sans fin. Dans la forêt de la vie, c’est comme un entrelacs qui perpétuellement se lie et se délie. Les vides se remplissent, les noeuds s’aplanissent, les pleins se dévident. Morts et défunts communient, communiquent. La forêt se nourrit et s’accroît de l’humus, les feuilles, toutes différentes dans l’arbre qui les a vues naître, se réunissent  sur la terre et nourrissent. Point ne pourrissent, mais se font nourricières. L’humanité vit grâce à cette harmonie…Il en va dans la mort comme dans la vie, des âmes méchantes et des âmes bonnes. La mort, tu dois l’apprendre, n’est que le milieu d’une longue vie. Et, tant que le monde dure, il y a des instants particuliers durant lesquels tous nous sommes réunis. D’ailleurs on ne dit pas “les morts“, mais “l‘anaon“, ce sont les âmes, les âmes vivantes dans une autre vie qui reviennent. Il y a des temps proprices  à ces retours, les mêmes temps qui rythment la vie des hommes, les saisons.

 

Huelgoat- le chaos

 

Au moment de l’été, nous faisons de grands feux, les “tantad“. Puis les gens font cercle autour du “tantad“, on dit une prière et après une ronde, au troisième tour de la ronde, chacun se baisse et ramasse  un caillou qu’il jette dans le feu. Dès lors, la pierre s’appelle “an anaon“. Quand le feu a fini de flamber, les âmes viennent se chauffer autour des braises et, au rythme de la musique, âmes et humains dansent ensemble. C’est comme la ronde des étoiles dans le ciel. Au soir du premier jour du “miz” (le mois “noir”, novembre), on faisait aussi une tourte de pain qu’on appelle “bara an anaon“, “le pain des âmes“. Au milieu de la tourte, on plantait un petit arbre et on mettait à l’extrémité de chacun de ses rameaux une pomme rouge. Une pomme…pour rappeler  la navigation vers l’Autre Monde de “Mael-Den“. Pour nous, l’année commence au premier jour du “miz du“, ce n’est pas un hasard, c’est le moment de la grande fête, quand s’ouvrent les portes de l’Autre Monde où les âmes s’en vont vivre éternellement  jeunes. En ces instants, tous, vraiment tous, nous communions. Et  tout est vivant. Tout participe au même élan. L’eau, les arbres, les pierres nous parlent de ceux que nous ne voyons plus. Et il n’y a pas de tristesse. Grâce à ces contacts, le monde se perpétue, se rajeunit, ne se fige pas, il reste en mouvement comme dans nos chants et nos danses”.

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Extrait du livre d’Alan Stivell  – “Sur la route des plus belles légendes celtes”.

Merlin l’Enchanteur

Merlin l’Enchanteur ou l’Eternel Masculin

(Notes prises par Virginie Peron lors de conférences du Congrès d’Anthropologie Gnostique “Terre de Merlin” – Brest 2003).

 

1 .La Quête de sens : Mission Identité

Quand on est, on est capable de faire et donc d’avoir, mais il faut d’abord être ! Or, dans notre société, cela est inversé : le plus important est d’avoir, ensuite de faire et s’il reste du temps peut-être d’être.

Comme par hasard, c’est notre société occidentale qui compte le plus d’individus mal dans leur peau, avec un mal être. Le maximum de notre énergie est utilisée pour avoir des choses et ensuite pour les conserver, au détriment de l’être avec ses sentiments de joie, de paix et de sérénité.

Ensuite, nous sommes très préoccupés par nos activités, en croyant que c’est parce l’on fait quelque chose que nous sommes. Pourtant, si nous prenons l’exemple de ce que nous disent Soeur Térésa ou Soeur Emmanuelle dans les bidonvilles de Calcutta ou du Caire, les gens savent y trouver du bonheur, être souriants, vivants !

Les philosophes, psychologues, sociologues, économistes, écologistes, disent que nous sommes dans une époque “troublée”, de perte totale de sens. Une époque où existent tous les possibles même le n’importe quoi (clonage, greffe d’oreille humaine sur dos d’une souris, etc…), mais qui n’a pas de sens : qui suis-je, quelle est mon identité, mon sens (et donc mon “sang“, d’où de nombreuses maladies liées au sang).

Merlin est arrivé aussi à une époque très troublée (voir l’histoire de la Grande et de la Petite Bretagne, ses innombrables guerres de clans…).

 

2 . Revisiter les Mythes : Les légendes fondatrices de l’humanité.

Derrière cet apparent non sens de la vie, il y a une raison. Merlin, représente l’éternel masculin, c’est-à-dire la Sagesse. Il est le vénérable vieillard, le sage qui connaît tous les mystères de la nature. Or, nous avons perdu la conscience de la vie qui existe en chaque atome. A l’heure actuelle, il y a environ 85 conflits armés sur notre planète. A l’époque de Merlin, il y avait aussi des guerres permanentes, on ne savait plus qui gouvernait, qui en était digne.

L’épée de la Dame du Lac nous rappelle que nous devons retrouver l’épée qui est en nous, la souveraineté (épée à double tranchant, de la vérité et de la justice).

Sur le blason d’Arthur, l’ours est un symbole de très grande force mais a besoin d’être conseillé. Toute vraie royauté, commence par soi-même et le blason dans notre organisme correspond à un symbole chromosomique qui se trouve surtout sur nos globules blancs et dans toutes nos cellules.

Il faut retrouver notre véritable lignage (d’où la distinction sang rouge, sang bleu). Il va falloir reconquérir toutes les régions de notre corps.

Le guerrier après des guerres incessantes va devenir enfin chevalier. Tous les grands mythes nous invitent à cette aventure intérieure. Pour l’instant, au quotidien, nous sommes dans la survie, or il nous faut vivre, partir à l’aventure et suivre les signes.

Merlin est l’héritier des druides, et vit une époque déjà très christianisée. S’il a existé, c’est sans doute au Vème siècle, mais sa légende écrite date du XIIème siècle, et le fut par des clercs, donc imprégnée de judéo-christianisme. Mais, néanmoins, il a des traits communs avec tous les grands mythes de l’humanité.

Tout comme Jésus, Bouddha, Quetzalcoatl, Kiricou…il est né d’une vierge et d’un esprit de l’air. Dès sa naissance, il a des dons exceptionnels. Il a pour fonction de ramener l’équilibre sur la terre, pour que nous puissions prendre conscience que le plus important est ce que nous sommes et non pas ce que nous avons ou faisons.

Chaque chose que nous possédons va disparaître pour nous à notre mort. La seule chose qui perdure est l’être, l’âme, l’esprit. Peut-être donc que notre vie a un sens au-delà de notre corps et de nos avoirs. C’est ce que va enseigner  Merlin et les 153 Chevaliers de la Table Ronde au travers d’épreuves qui vont forger notre âme (mais seulement des épreuves que nous sommes capables d’assumer – il est important de se le rappeler). Les évènements auxquels nous sommes soumis sont des opportunités pour nous prouver ce que nous sommes vraiment, pour que nous fassions surgir le meilleur de nous-même.

Il faut redorer notre blason, symbole de notre identité (chacune de nos cellules devant être marquées à notre symbole). Nous avons une image de nous-même déformée, nous sommes beaucoup plus vastes que nous le pensons (problème de sang = problème de rage = des ratés). Les états d’être pessimistes et négatifs entraînent des maladies. Or, nous avons une grande noblesse de coeur et nous pouvons nous régénérer, nous transformer à l’instar des mythes chevalresques.

 

3 . L’aventure intérieure : pour vivre l’enchantement de la vie.

Cela est très différent de notre survie habituelle. Chacun va avoir son lot d’expériences et de signes qu’il va falloir suivre.

Nous avons un quotidien mécanique qui devient routinier sur tous les plans et la vie finit par perdre de sa saveur. Il faut absolument sortir de cette routine. Tous les jours sont différents si l’on sait être attentifs : les synchronicités, si l’on est suffisamment vigilants pour les remarquer vont nous mener vers le sens de notre vie, améliorer notre qualité d’être. Mais nous détestons l’inattendu, c’est si inconfortable !

Nous devons nous mettre dans un état de disponibilité, de confiance et de courage (celui d’affronter nos peurs et nos noirceurs).  C’est dans ces conditions difficiles que nous nous découvrons nous-même.

 

L’amour de la sagesse, la sagesse est l’attribut de l’éternel masculin, de l’Homme Réalisé. La sagesse de l’amour, l’amour est celui de l’éternel féminin, de la Femme Réalisée.

 

Les Dames du Lac

Viviane, Guenièvre, Morgane ou les trois grandes forces du Féminin.       

 (Notes prises par Virginie Peron lors de conférences du Congrès d’Anthropologie Gnostique “Terre de Merlin” –  Brest 2003)

 

Lecture d’un passage du “Merlin” de Barjavel. Il vient de rencontrer la jeune Viviane, dont il a besoin pour guérir Arthur.

Elle doit connaître le nom et le signe de chacun de ses pouvoirs mais avant d’y accéder, il lui faudra être prête car certains sont très puissants. Il lui en révèle cependant un sans danger : celui de créer des oiseaux, fleurs et papillons. Pour cela, il lui faudra dire le “nom” de ce pouvoir ainsi que le souffler et le siffler.

Nous aussi nous avons des ressources étonnantes, surprenantes en nous, dans notre partie sauvage, naturelle, et elles attendent que nous les révélions.

Chacun d’entre nous possède aussi son “vrai nom“, de toute éternité, et c’est peut-être la seule chose de valeur que nous possédions et que nous avons perdue : la fameuse “parole perdue”…

Il faut donc partir à la quête de ce vrai nom, de notre véritable identité, de notre être réel. Etre, c’est l’Etre. (Mais, nous avons tellement de masques, de fausses personnalités…) Nous l’avons “embouteillé” et nous croyons que nous sommes incapables de faire ce qu’a fait Viviane. Ce n’est qu’une croyance, celle à laquelle nous nous sommes limités.

Lorsque l’on perçoit les synchronicités, coïncidences, c’est que nous sommes plus près déjà de cet état d’être, et quand nous sommes dans l’état d’être, tous les possibles sont possibles. Or, il est rare que nous soyions suffisamment dans un état “d’alerte nouveauté”, on vit hélas à travers les filtres de notre passé. Face à un évènement, nous sommes pleins d’apriori, conditionnés, enfermés, limités et notre vie nous paraît morne, triste, ennuyeuse.

Pourtant, l’existence est tellement riche d’instants présents  qui ne sont jamais les mêmes, car chaque instant est unique ! Notre état de réceptivité est donc très important. Le quotidien est une véritable aventure, d’instant en instant, jamais tout à fait le même. Pourquoi le fuir ?

La faculté d’émerveillement, voilà ce qu’il faut entretenir, nourrir, avec “l’attention à l’instant présent“. Si nous vivons notre existence de façon monotone, automatique, les sens bouchés, la vie est inintéressante. Mais si nous vivons chaque seconde avec une qualité d‘être, de conscience, d’attention, elle devient une aventure extraordinaire.

La Femme, au sens large, joue un rôle essentiel dans la Quête au quotidien. L’Homme, quand il se concentre sur une chose, le fait à 95%. Il n’est alors pas vraiment conscient de tout le reste. Une femme, elle ne le sera qu’à 65%, donc 35% restent disponibles. Cela peut cependant amener à une certaine dispersion  et au stress. Finalement, tous les deux ne sont pas tellement dans l’Etre mais dans le Faire. Mais en ce qui concerne le quotidien, la Femme est quand même très présente.

D’où l’intérêt de faire le soir une rétrospective de sa journée : combien de temps avons-nous été vraiment éveillé, attentionné, heureux ? Commettre un péché veut dire en hébreu : rater sa cible ! Ainsi, si l’on n’est pas attentif au côté nouveau de chaque instant, on va rater beaucoup de choses : les petites fleurs que crée Viviane, c’est peut-être tous les petits “présents” de la Vie quand on est “présent“.

Il s’agit bien d’être attentif aux signes qui nous sont offerts à chaque instant, et qui nous indiquent le chemin vers nous-mêmes.

 

Dans la légende arthurienne, il y a beaucoup de chevaliers guerroyants, mais sans les femmes, aucune quête ne peut avoir lieu. La Femme est l’initiatrice de l’Homme, elle le met sur le chemin, et ce, notamment, en trois points importants :

1 – Une femme a donné la Vie : Viviane.

2 – Une femme permettra de recontrer l’Amour : Guenièvre.

3 – Une force permettra de finir l’existence, la Mort : Morgane.

Viviane ou Nimue est la force électrique positive. C’est la protectrice, la salvatrice, la “gentille”, celle qui se sacrifie aussi (et à l’extrême, peut en devenir possessive).

Guenièvre (comme Blanche Neige) est la force électriquement neutre. La victime, sujette à des forces qui la contrôlent et la maîtrisent.

Morgane est la force électrique négative, la “méchante” en apparence.

Ces trois forces gouvernent tout l’univers : c’est la Sainte Trinité fondamentale et pour nous amener à l’état d’éveil, entrer dans une vraie vie et en prendre conscience, il faut en être séparé. Pour que l’aventure puisse exister, il faut que l’énergie soit mise en mouvement. Il faut donc les trois forces et que d’abord la négative se mette en place, car sans la tension du négatif rien ne se met en place (ainsi il est bien rare que quelqu’un se mette en recherche spirituelle s’il n’a pas rencontré de difficultés).

 

Dans la légende arthurienne, Morgane est la demi-soeur d’Arthur, une druidesse qui connaissait les mystères de l’île d’Avalon, une très grande prêtresse, la seule qui puisse rivaliser avec Merlin. Son action va amener en permanence le drame qui lui-même amène aux dépassements de nos limites, quand on accepte de se servir de l’épreuve comme d’une opportunité pour grandir, développer valeurs et courage, astuces et ressources que nous ignorions cachés au fond de nous.

Ainsi, le “bourreau” nous ouvre les portes du Paradis. Son symbolisme est celui du serpent tentateur, (une de ses actions les plus terribles est de faire un enfant à son demi-frère, Mordred), du dragon. Elle crée le sortilège du Val sans Retour où sont emprisonnés tous les chevaliers infidèles (seul Lancelot s’en sortira). Elle représente le paradoxe de la mort : elle teste notre capacité à vivre.

…Contrairement à Guenièvre (ce qui veut dire “blanc fantôme”) qui a certes une vie très occupée mais simplement entre le “remplir” et le “vider”, très automatique, sujette aux circonstances. Les choses nous arrivent, nous “tombent dessus”, on les subit (en bien ou en mal, peu importe, c’est mécanique). Guenièvre est tout le temps en alternance entre Lancelot et Arthur, elle est neutre, inféconde.

Viviane, elle, sera le serpent rédempteur ou serpent d’airain. Symbole de toutes les mères sacrées, des sources, des fontaines qui guérissent, des eaux créatrices, fécondantes. Cependant, comme Guenièvre, elle est stérile, alors que Morgane va donner la vie (yin, yang, la vie contient la mort, la mort contient la vie). Viviane va transmettre à Arthur une épée, Excalibur, épée de souveraineté. Son fourreau protège de toutes les blessures, maladies, etc…Il représente l’elixir de longue vie.

Le jeune Arthur ne sait pas qui sont ses parents, qu’il est fils de roi (comme nous vis-à-vis de nos parents internes). Viviane va le mettre sur le chemin et en plus va lui donner des outils pour se réaliser.

Tant que la femme ne joue pas son rôle d’initiatrice, l’homme ne peut pas devenir roi, et tant qu’il n’est pas roi, elle ne peut devenir reine. Elle amène donc à la chute puis va aider à la rédemption. Sans l’éternel féminin, rien ne peut se faire.

Maya ou l’aspect féminin de Bramha va danser et créer dans sa danse tout l’univers, et c’est dans cette matrice d’illusion que nous allons pouvoir accéder à la conscience.

Viviane vit au plus profond d’un lac, dans un château de cristal. Elle va donner l’épée ou la force de kundalini, symbole de la volonté, des feux de l’âme, les feux parapsychiques.

Si nous faisons bien attention à notre lac intérieur, nous apercevrons notre château de cristal. Ce lac est notre mental quand il est le plus calme possible, car plus il sera serein, plus nous pourrons rencontrer notre vraie mère intérieure, notre Viviane intérieure. Ce lac, c’est aussi nos eaux séminales.

Chacun d’entre nous est appelé à vivre cette grande aventure chevalresque dans notre vie, si nous suivons les signes !

Le Roi Arthur

 

Quand l’Archéologie vient corroborer la Tradition.

Arthur Retouvé !

“La matière arthurienne est l’un des éléments fondamentaux du légendaire celtique. Elle imprègne notre Tradition à un point tel qu’elle en est incontournable.

Véhiculée par nos anciens Bardes de manière exclusivement orale, elle fut retranscrite, pour l’essentiel, à la fin du XIème siècle au pays de Galles par Geoffroy de Monmouth. Il s’agissait alors d’une récupération chrétienne d’un thème plus ancien immergé dans la Tradition druidique.

Cette démarche récupératrice supposait qu’à côté d’éléments bien conservés s’en trouvent d’autres qui étaient inventés de toutes pièces, afin de complaire à l’idéologie christique dominante, originaire du Moyen-Orient. La superposition  de deux traditions aussi différentes impliquait des dérives.  

 

L’épée de Nuada.

Ainsi « Excalibur », l’épée du Roi Arthur, qu’il dut extraire de la Pierre sacrée et qu’avait reçue son père Uther Pendragon, a-t-elle un tout autre sens dans la tradition initiale que dans le texte christianisé.

Dans la première, il s’agit de l’épée de Nuada, lumineuse et magique, que les Dieux confièrent aux Druides primordiaux comme l’un des quatre Attributs sacrés des Celtes.

Or, sa présence dans le roc, si elle ne signifie rien dans la version chrétienne (où l’on a, dans certaines versions, parfois remplacé la Pierre par une enclume, ce qui atteste du degré d’incompréhension de la symbolique initiale), est en revanche un symbole essentiel dans le sens druidique.

 

Le Dragon Rouge.

Car la pierre sacrée est elle aussi l’un des quatre Attributs, attaché à l’idée de pérennité et de Souveraineté (« La Pierre de Souveraineté », Fabien Régnier-1998). L’Epée, dans la Pierre, c’est l’étroite dépendance de la Souveraineté et de la Force qui la défend.

Qui plus est, l’alliance de ces deux symboles est la représentation même du destin d’Arthur (Artus) : il fut le bras armé qui redonna pour un temps aux Celtes leur souveraineté et la maîtrise de leur destinée, en unifiant les tribus du dragon rouge contre les Saxons (symbolisés par le dragon blanc).

 

 Le Bouclier Pridwenn.

Le troisième attribut sacré était la lance de Lumière, celle du Dieu Lug. Dans la geste bardique arthurienne, c’est précisément celle-ci que le Roi utilise pour hisser la bannière au dragon rouge…Protectrice, elle fut surnommée « Pridwenn » et par extension de son sens protecteur : le « bouclier Pridwenn » (« Les Grands Bardes Gallois », Jean Markale, 1981).

Quant au quatrième Attribut de la Tradition, il s’agissait du Chaudron sacré, symbole d’immortalité et de connaissance (les deux se trouvant en étroite dépendance, comme l’attestent les thèmes de Diancecht, de Bran Vendigeit et de Taliesin).

C’est la nécessité de réunir les quatre Attributs (l’Epée, la Pierre, la Lance, le Chaudron) qui justifiera la « Quête du Graal ». Le christianisme, quant à lui, a voulu expliquer l’étymologie d’Excalibur par un mot hébraïque, et le Graal par le Calice (censé avoir été ramené de Palestine par Joseph d’Arimathie).

On mesure le fossé, l’abîme d’incompréhension entre les deux traditions. Quant aux versions ultérieures, y compris celle de Chrétien de Troyes, elles ne sont guère que des compilations de la première, qui contribuent à enfoncer toujours un peu plus le clou de la dérive christianisante en l’éloignant de plus en plus du thème originel.

Tant et si bien qu’à force d’ajouts postérieurs, d’invraisemblances et d’incompréhension, on en est arrivé à l’époque moderne à croire que tout cela n’était que pure invention, et qu’Arthur « n’avait sans doute jamais existé ». Des historiens ignorant tout de la Tradition se sont cru autorisés à écrire de telles inepties.

On a échauffé mille thèses absurdes au sujet du Graal, à propos du Roi ou sur Merlin. Le point commun à la plupart de celles-ci, c’est que leurs auteurs ne se basaient que sur les transcriptions chrétiennes, faute de connaissance du thème et du contexte originel. Soulignant les absurdités de celles-ci, on avait répandu l’idée qu’en fait tout cela était purement imaginaire et qu’Arthur, tout comme Merlin ou autres, n’étaient que des « archétypes ».

 

 Le Château de Tintagel.

Quant à la Tradition originelle, malheureusement bien occultée, elle nous disait le contraire…Elle nous enseignait qu’après l’invasion de l’île de Bretagne  par les Angles, les Jutes et les Saxons, due à l’imprévoyance de Vortigern, (Vortigern était le roitelet celte du Cantium -l’actuel Comté de Kent au sud-est de l’Angleterre- vers le milieu du Vème siècle, dont la capitale était Canterbury. Le pays comme la ville tirent leur nom de la tribu celte des Cantii), les tribus celtes avaient été conquises et anéanties les unes après les autres.

Jusqu’au jour où le Druide Merlin (le Myrddhin de la Tradition Bardique) avait « réveillé le souffle du Dragon (rouge) » pour donner avec l’aide des Dieux, la puissance (« Excalibur ») à Uther Pendragon. Celui-ci avait failli à sa tâche, car il n’était point l’élu, mais uniquement « l’instrument » par lequel serait enfanté le véritable élu.

Au château légendaire de Tintagel, en Cornouailles, il avait au cours de la nuit du « réveil du souffle du dragon », conçu avec la belle Ygern (épouse du roitelet de la tribu des Cornovii de Cornouailles, présentée dans les versions ultérieures comme la « duchesse de Cornouailles »), un enfant. Lorsque celui-ci naquit, il fut nommé Arthur (Artus, d’Artos qui signifie « ours » en britonnique ancien, en rapport avec un thème astral druidique) par Merlin, qui le prit avec lui (après son « fosterage », il l’enseignera). Il était le demi-frère de Morgann (passée à la postérité sous l’appellation de « Fée Morgane », ou Morrigane).

Selon l’antique tradition celtique, il fut confié en « fosterage » (la pratique du « fosterage » consistait à confier l’éducation d’un garçon à des parents adoptifs, afin de renforcer les liens entre les familles) et devint ainsi « frère de lait », puis écuyer, de Kai. Pendant ce temps, Uther Pendragon expiait ses fautes en périssant et,  mourant, plongea l’épée dans le Rocher.

Il devait revenir plus tard à Arthur, l’élu, d’être le seul à pouvoir l’en extraire. Dès lors, il rassembla les clans et les tribus sous la bannière au Dragon rouge. Alors les Celtes reprirent en main leur destin. L’épopée arthurienne partit de Tintagel et de Camelot, ses deux résidences.

 

Le printemps des Celtes.

Elle arrêta l’expansion saxonne, mais l’impossibilité d’achever la Quête du Graal mit un terme à  ce que la légende nommait le « Printemps des Celtes ». Morgann et Arthur engendrèrent Modred, qui fut l’instrument de la chute et de la punition. 

Lancelot et Guenièvre avaient trahi la confiance d’Arthur. Lors du soir ultime, Lancelot se présenta sur le champ de bataille et fut pardonné par Arthur agonisant. Il dut jeter dans l’eau sacrée « Excalibur », suivant un antique rituel de purification bien connu de la Tradition druidique (le retour à l’eau primordiale et lustrale, qui explique que l’on a trouvé des offrandes votives d’épées celtiques en de nombreux points d’eau, comme au site de la Tène, par exemple).

Puis, lorsqu’il en revint, il vit la nef qui emportait Arthur en Avalon, pour que commence sa longue « dormition ». Il faudra dès lors attendre encore un cycle complet avant qu’un autre « deux-fois-né » hisse à nouveau la bannière au Dragon rouge, sous le nom de Llywellyn, cett fois-ci. Voilà pour l’essentiel du thème.

Or, cet épisode légendaire porte en lui-même un certain nombre de précisions. Tout d’abord, il nous donne des lieux précis : la Cornouailles, et plus exactement, le château de Tintagel. Ensuite, bien entendu, il nous donne le nom d’Arthur.

Enfin, son contexte de lutte contre les Saxons nous conduit à une fourchette chronologique située entre la fin du Vème et le tout début du VIème siècle. Retenez bien ces trois points, parvenus jusqu’à nous uniquement par la version bardique (donc païenne) de la légende arthurienne (car les versions chrétiennes, au contraire, n’expliquent ni le contexte de lutte contre les Saxons ni bien entendu l’époque).

Or, au cours de l’été 1998, des archéologues britanniques qui fouillaient depuis des années le site des ruines du château de Tintagel, en Cornouailles, ont atteint le niveau stratigraphique du tout début du VIème siècle. Et voilà qu’ils y ont trouvé une pierre gravée qui porte le nom d’Arthur !

Cet extraordinaire apport de l’archéologie, venant corroborer notre vieille légende, a fait grand bruit au Royaume Uni, à l’inverse de la France (seul « Le Figaro » en a parlé).

Nous ne pouvons, quant à nous, que souligner l’importance d’une telle trouvaille au regard de la Tradition Celtique. »

Renos – La Tribune Celtique.