Le filet d’ariadne

Le filet d’Ariadne

LE FILET D’ARIADNE
 
 
AVERTISSEMENT.
 
J‘ai longtemps balancé avant que de me résoudre à mettre la main à la plume
pour composer ce petit Traité, dissuadé de le faire par les mêmes raisons, qui ont empêche tous les Philosophes d’enseigner leur Science autrement qu’ils nous l’ont laissée, avouant qu’ils n’ont écrit que pour les Enfants de l’Art, et non pour les Ignorants, ni autres personnes qui en auraient pu abuser, et qu’ils se
sont plutôt étudiez à la cacher qu’à la vouloir mettre en évidence : En effet il y
en a qui ont composé plusieurs Volumes, chacun desquels contient bon nombre
de Chapitres, qui sont autant de voiles qu’ils mettent devant les yeux, de ceux
qui s’imaginent pouvoir pénétrer leurs mystères, où ils se sont rompus
inutilement la tête. Les Chimistes même se persuadent que cette Science est de
leur compétence et non de celle d’autrui, voyant souvent dans leurs Livres les termes de
Sublimations, Solutions , Digestions, Calcinations, Imbibitions, Coagulations,
et une infinité d’autres termes, dont on se sert dans la Chimie.
Sur quoi travaillants, ils ont fait cent brouilleries qui n’ont rien produit que delà
confusion dans leurs esprits et delà dépense inutile dans leurs Laboratoires,
parce qu’ils ont pris à la lettre les dires des Philosophes qui doivent s’expliquer
tout autrement : et comme il y a peu de Personnes, qui puissent, comme il faut,
manifester leurs dires et manières de parler, j’ai fait exprès un Dictionnaire qui
explique fort nettement ce qui est le plus difficile, afin de satisfaire en quelque
façon les Curieux, et désabuser ceux, qui se ruinent inconsidérément, voulants
travailler sur une Science qu’ils n’ont jamais apprise, et par conséquent qu’ils ne
peuvent bien savoir ni mettre en usage.
Et quoi que l’on voie dans les Livres des Sages, tant de Chapitres avec des noms
différents, soyez averti (cher Lecteur) que ce n’est que pour mettre de là
confusion dans les esprits, et qu’ils disent ou écrivent une même chose en cent façons
différentes, et mettent à la fin de leurs Volumes, ce qui devrait être au
commencement, et la fin au milieu, et le milieu dès le second ou le troisième
feuillet. Outre que quelquefois ce qu’ils ont dit en un endroit, ils le révoquent dans un autre, disant
: qu’il ne faut pas s’y arrêter.
 
This entry was posted in Alchimie and tagged , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply