Les carrosses à 5 sols de Blaise Pascal

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Histoire

Jusqu’au XIXe siècle, l’extension limitée des agglomérations ainsi que l’étroitesse du réseau urbain d’origine médiévale ne justifient pas la mise en place de transports publics. Toutefois, Paris voit l’expérimentation d’une première tentative d’organisation de transports en commun.

En novembre 1661, Blaise Pascal fonde une société avec le duc de Roannez (Artus Gouffier de Roannez) , gouverneur et lieutenant-général de la province de Poitou, le marquis de Sourches, chevalier des ordres du roi et grand Prévôt de l’Hôtel, et le marquis de Crenan, grand échanson de France. Ils présentent une requête pour établir l’exploitation de « carrosses qui feraient toujours les mêmes trajets dans Paris d’un quartier à l’autre, savoir les plus grands pour cinq sols marqués… et partiraient toujours à heures réglées, quelque petit nombre de personnes qui s’y trouvassent, même à vide s’il ne se présentait personne, sans que ceux qui se serviraient de cette commodité fussent obligés de payer plus que leurs places. »1.

La capitale du royaume de Louis XIV compte alors déjà plus de cinq cent mille habitants ; elle est la seconde ville la plus peuplée au monde après Londres. Elle compte cinq cents rues principales, cent places ou placettes, neuf ponts et vingt-deux mille maisons2. Les carrosses sont institués par un arrêt du Conseil du Roi en date 19 janvier 1662 : le roi Louis XIV signe les lettres patentes donnant l’autorisation d’établir le nouveau service, et accorde le monopole de cette institution. Après des essais réalisés le 26 février, cinq routes sont progressivement mises en place1.

Le 18 mars 1662, une première ligne relie la porte Saint-Antoine au Luxembourg en passant par la rue de la Verrerie, le pont au Change, le pont Neuf et la rue Dauphine. Le 11 avril suivant, une seconde ligne relie la rue Saint-Antoine à la rue Saint-Denis via la place Royale (place des Vosges) et la rue des Francs-Bourgeois.

Le 2 mai, un troisième itinéraire relie le Luxembourg à la rue Montmartre par le pont Saint-Michel, le pont Neuf et la place des Victoires. Le 24 juin, une quatrième route ouvre à son tour : cet itinéraire est circulaire, et présente une innovation, le sectionnement tarifaire, avec un prix variant selon la longueur du parcours effectué. L’itinéraire est divisé en six tronçons séparés par des bureaux : le voyageur doit repayer cinq sols lorsqu’il passe deux bureaux. Enfin le 5 juillet, un cinquième et dernier itinéraire relie le Luxembourg à la rue de Poitou par le pont Notre-Dame et la rue Saint-Martin1.

Les voitures sont tirées par quatre chevaux et conduites par un cocher et un laquais. Chacun porte une casaque bleue aux armes du roi et de la Ville de Paris. Ces voitures sont lourdes et mal suspendues par de grosses courroies de cuir ; elles comportent huit places. Elle ne s’arrêtent que pour laisser, à la demande, monter ou descendre les voyageurs tout au long de la route1.

Le nouveau service est inauguré en grande pompe et accueilli très favorablement par la population. Toutefois, un édit du parlement de Paris assortit, contrairement à l’avis du roi, des restrictions quant à la qualité des voyageurs : « soldats, pages, laquais et autres gens de livrée, même les manœuvres et gens de bras, ne pourront entrer les dits carrosses, pour la plus grande commodité et liberté des bourgeois et des gens du mérite. » Ces limitations provoquent l’hostilité de la part du peuple et de violentes manifestations. L’augmentation du prix de cinq à six sols achève de rendre les carrosses impopulaires. Pour rétablir le calme, une ordonnance de police menace « du fouet et de plus grande punition » quiconque apporterait quelque trouble à la bonne marche du service3.

Aucun document ne permet de dater la disparition des carrosses. Certains historiens estiment que le service a disparu au bout de quelques années ; toutefois le sieur de Givry reprend en 1674 au duc de Roannez le privilège des carrosses à cinq sols, même si cela ne confirme en rien l’existence effective du service à cette date3. Néanmoins, selon Marc Gaillard, les carrosses disparaissent en 16772.

Antoine Gombaud de Méré, chevalier de Méré

Antoine Gombaud, chevalier de Méré est un écrivain français né dans le Poitou en1607, mort le 29 décembre 1684.

Il est connu pour ses essais sur L’honnête homme. Contemporain de Pascal, il eut avec lui une longue correspondance sur les calculs de probabilités et le problème de la partie interrompue. Il est célèbre par « le pari du chevalier de Méré » qui l’opposait à Pascal sur un sujet de probabilités à l’époque où celles-ci étaient balbutiantes.

Le pari du Chevalier de Méré:

Après le paradoxe du Grand Duc de Toscane, c’est en 1654 que le chevalier de Méré  lance le défi de résoudre des problèmes que lui-même n’arrive à résoudre, l’un de ces problèmes étaient le suivant :

1.    Un joueur lance un dé quatre fois de suite

2.    Un joueur lance une paire de dés

« Est-il plus avantageux de parier pour qu’un six sorte sur une série de quatre lancers ou bien de parier pour qu’un double six apparaisse en jetant 24 fois de suite les dés ? »

Ce problème est le plus connu car c’est le plus simple à comprendre. Pourtant, Pascal ne s’était que très peu attardé sur ce problème, car la réponse fut trouvée par une analyse combinatoire. Méré pensait que les chances étaient égales, pourtant l’événement 1 a une chance de se produire légérement supérieure à 1/2 et l’événement 2 a une chance de se produire légérement inférieure à 1/2.

C’est le second problème qui posa le plus de difficultés et qui est à l’origine des Probabilités :

La règle des parties :

Deux joueurs jouent à un jeu de hasard, au début de la partie, les deux joueurs misent 32 pistoles chacun : la règle est simple, celui qui remportera trois parties remportera les 64 pistoles.

La question posée par le Chevalier est la suivante : “Pour une raison inconnue les deux joueurs s’arrêtent avant la fin de la partie, comment peut-on répartir l’argent de façon équitable” ?

Le jeu n’est pas exprimé clairement, mais l’on peut penser que c’était un jeu de dés.

Pendant l’été qui suivit  la demande du Chevalier de Méré, Pascal et Fermat vont s’échanger des lettres, essayant ainsi de répondre au Chevalier.

Pour résoudre le deuxième problème, Pascal crée ce qu’il appelera la « Règle des parties » et s’aidera de ce que l’on appelle aujourd’hui le triangle de Pascal. Il fait aussi apparaitre dans son résonnement  la notion d’espérance mathématique et la notion de martingale. Pascal réfléchi à l’aide d’une récurrence rétrograde.

Essayons maintenant de comprendre la démarche de Pascal : donnons au joueur A deux parties gagnées et au joueur B seulement une (de facon complétement arbitraire) juste avant l’interruption de leur partie.

A la manche suivante, le joueur A et le joueur B auraient eu chacun 1 chance sur 2 de gagner car le jeu n’est que du pur hasard.

Donc, une chance sur deux, que A gagne avec trois parties et B perde avec seulement une partie de gagnée. Dans ce cas là, c’est A qui remporte les 64 pistoles. Dans le cas ou B aurait gagné, on aurait les joueurs A et B qui seraient à deux parties gagnantes chacun, il faudrait donc rejouer une partie, dans ce cas, la fortune de A et de B est de 32 pistoles chacun (la mise de départ).

Le gain du joueur A devient alors son espérance de gain, soit : ½ (64+32) = 48 pistoles

Le gain du joueur B vaut par conséquent : 64-48 = 16 pistoles

Il est aussi important de signaler que Pascal et Fermat, à aucun moment n’ont parlé de ce qui s’appelera plus tard les probabilités, terme inventé par Huygens quelques années plus tard seulement.

Après avoir résolu cette énigme, Pascal et Fermat vont alors compliquer le problème posé par le chevalier de Méré :

Si les chances de gagner ne sont plus égales (jeu trafiqué ou même jeu avec stratégie) ou encore si le nombre de joueur est supérieur à deux.

C’est à partir de ce fait que les probabilités trouvent leur naissance.

Le chevalier de Méré

Le chevalier de Méré, écrivain et moraliste français, était l’ami du couple Amable Bitton et Catherine Poittevin.

Il parle de Madame Bitton dans l’une de ses lettres.

A Madame Bitton.

Et homme pour qui je vous avois écrit , m’a fort assuré que vous estes merveilleusement belle à voir , et qu’en la. ville de Melle , et  sur le chemin de Paris, et dans Paris même il n’a rien découvert qui vous ressemble. Il se loue aussi beaucoup d’un grand nombre de bien-faits qu’il a reçus de vous, Madame , et de ce que vous avez bien voulu employer vos agréments pour le tirer de peine et le rendre heureux. J’admire que de tant.de gens qui vous trouvent si aimable ce soit peut-estre le seul qui ne se plaint pas de vostre sévérité. Mais comment se peut-il que les interests des personnes que je vous recommande vous soient si chers, et que vous ayez tant négligé les miens? Cet homme a gagné son procès par vostre faveur, et j’ay toûjours perdu ma cause par vostre injustice. Ce qu’on croiroit que je ne dis qu’en riant je le sens bien sérieusement : et sans mentir il faut que vous soyez étrangement née à me tourmenter , puis que vous me nuisez à force de m’obliger , et qu’il s’y mesle des sujets de dépit et de mutinerie. Je ne laisse pas neanmoins de vous remercier tres-humblement de ce que vous avez fait pour mon amy. Mais, Madame, je vous conjure aussi d’avoir soin de moy même, et de ne m’abandonner pas dans ma solitude; c’est bien tout ce que je puis que de me passer si long-temps d’estre auprès de vous,et  je ne say ce que je deviendrois si nostre commerce venait à se rompre. Je vous assure et vous en devez estre persuadée, que si vous estiez dans un desert et que je fusse dans le monde, j e ne vous laisserois pas en un si triste repos : et que si je ne pouvois vous aller tenir compagnie , au moins je vous écrirois frequemment. J’ay le cœur abbatu par une longue tristesse , et cela me pourroit bien venir de ne plus apprendre de vos nouvelles; car il me semble que vous estes la seule qui me pouvez donner de la joye , en me faisant souvenir que vous ne m’avez pas oublié. Cependant vous me laissez là sans vous enquérir si je suis mort ou vivant : et moy qui vous ay tant dit que vous estiez trop attachée à votre devoir, vous m’avez enfin réduit à vous avertir que vous ne le  faites pas à mon égard. Mais quand vous pourriez vous résoudre à ne vous pas soucier d’une si longue et si sincère affection que la mienne, toûjours devriez vous m’écrire à cause de vous-même. Vous m’avez dit quelquefois que je porte bon-heur à mes amis et à mes amies pour tout ce qui regarde la parfaite honnêteté: et comme vous estes la plus belle femme du monde , pensez qu’il vous siéra bien d’estre encore la plus intelligente , et d’avoir de cet esprit que l’on aime.

Le marais Poitevin

Revenons à Louis Poittevin et Catherine Rogier de la Marbellière.

De ce mariage naquirent 9 enfants.

Dont Catherine, née le 9 mai 1601. Mariée vers 1627 à Amable Bitton, Seigneur de la Franconnière, écuyer,conseiller du Roi, receveur général de ses finances à Poitiers.

Amable Bitton et la transformation du marais Poitevin en marais des “capitalistes”:

S’il est un paysage auquel la raison humaine imprime sa marque, c’est bien le Marais Poitevin, ou plus exactement le Marais desséché, cette surface presque parfaitement plane arrachée à la mer, protégée par des digues et quadrillée par un réseau géométrique de canaux. de ces espaces désolés, les moines du moyen-âge avaient fait des lieux de prière, et leur foi conquérante avait peu à peu sorti des eaux de nouvelles terres pour la gloire de Dieu et la subsistance de ses serviteurs. Et puis la désunion entre chrétiens, pendant les guerres de religion, a ruiné cette oeuvre éminemment communautaire, de sorte qu’au XVIe siècle tout est à recommencer. Cependant un esprit nouveau est déjà à l’œuvre à travers l’humanisme, qui tend à faire de l’homme un rival de Dieu. Alors qu’un peu partout ailleurs on rafistole le vieux monde, ici les humains se font demiurges et entreprennent de créer de toutes pièces un paysage, une économie, une société. Une extraordinaire aventure… mais aussi pour eux l’occasion de percevoir leurs limites.

Le 17 juin 1586, Henri de Navarre est à Marans. « C’est, écrit-il à Corisandre, une île enfermée de marais bocageux où de cent pas en cent pas il y a des canaux pour aller chercher le bois par bateaux. » Quelques années plus tard, devenu Henri IV, il fait des marais de son royaume le lieu par excellence où manifester tout à la fois la puissance de la nouvelle monarchie et sa sollicitude à l’égard de ses sujets.  Pour cela, l’ancien huguenot fait appel au savoir-faire des Hollandais, grands spécialistes en matière de dessèchements et reconnus également pour leur puissance financière.  Par un édit de 1599, il confie l’entreprise à un ingénieur brabançon, Humphrey Bradley, qu’il nomme maître des digues du royaume.  Outre la propriété de la moitié des terres asséchées, exemptées d’impôts pendant vingt ans, lui et ses associés bénéficieront de la naturalisation au bout de deux ans.  Les douze plus gros actionnaires seront anoblis ; quant à ceux qui sont déjà nobles, ils peuvent participer à l’entreprise sans déroger.  Pour l’heure, il s’agit uniquement des anciens assèchements des abbayes. À la mort de Bradley, en 1639, tous ces avantages sont prorogés au profit de Pierre Siette, ingénieur et géographe du roi en poste à La Rochelle.  En 1642, celui-ci crée la Société du Petit-Poitou, un modèle appelé à faire école, où les capitaux hollandais sont majoritaires, mais qui intègre également des hommes d’affaires parisiens et surtout poitevins.  L’ancien achenal le roi, rebaptisé canal des Hollandais, est remis en service, ainsi que le canal des Cinq Abbés, et l’on creuse en outre les canaux de la Vienne et du Clain, qui convergent vers l’embouchure de la Sèvre Niortaise.  Quatre ans plus tard, 6 400 hectares sont desséchés, et l’entreprise peut être considérée comme achevée.

Parallèlement se met en place une autre association financière, la Société des Marais de Vix-Maillezais, qui concerne des terres situées plus à l’est, régulièrement inondées par les crues de l’Autize, de la Sèvre Niortaise et de la Vendée.  L’initiative revient cette fois à Barnabé Brisson, fils du grand juriste, qui à partir de 1642 commence par acheter des terres et à recruter un associé rocherais, Octavio de La Strada.  D’abord concurrent d’Amable Bitton, le très riche receveur général des finances de Poitiers, il finit par fonder avec lui, en 1648, une société dont le capital est divisé en 24 actions.  Les statuts adoptés en 1654 stipulent que les associés devront être domiciliés à Fontenay le Compte, et effectivement on y retrouve la fine fleur des officiers de la ville.  Mais deux d’entre eux sont en fait des prête-noms du duc de Roannez, Artus Gouffier, le petit-fils du seigneur d’Oiron.  Gouverneur du Poitou, passionné de mécanique des eaux, celui-ci est en relations avec le grand physicien hollandais Huygens et fait prendre une participation à l’entreprise à son ami Blaise Pascal, qui à l’époque travaille précisément à son Traité sur l’équilibre des liqueurs.  En 1655, les associés font d’ailleurs réaliser deux aqueducs permettant au grand canal de Vix de passer en dessous de l’Autize et de la Vendée.  Cependant, la gestion de la compagnie échappe bientôt à la région, et en 1670 elle est prise en main par cet éminent représentant de l’aristocratie d’affaires de l’époque qu’est le duc de Roannez, qui par ailleurs participe notamment à la canalisation de la Haute-Seine et aux carrosses à cinq sols, l’ancêtre de nos transports en commun.

Le château de Richelieu

Après la mort de son frère Henri, qui était l’héritier direct du château, Richelieu veut absolument l’acquérir. Il montre un très gros attachement à ce château où sont nés tous ses ancêtres et lui-même. Il veut ce château à tout prix. Le règlement des affaires a été long et difficile mais finalement Armand eu le château et la seigneurie pour 79000 livres au cours d’une vente aux enchères. En mars 1621, Messire Armand Jean du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, prenait possession de son domaine.

Et les années passent, Richelieu est à son apogée, il est Cardinal et chef du Conseil du Roi. Au cours d’une visite au manoir ancestral, il décide d’en faire une demeure digne de sa nouvelle renommée, un palais qui pourra recevoir le Roi.

L’année 1625 semble marquer le début des travaux à Richelieu, longue période d’activités qui ne cesseront pas, jusqu’à la mort du Cardinal. Il a confié à Jacques Lemercier la charge de lui réaliser ce somptueux château, avec quand même une condition ; conserver l’aile droite de l’ancien château, celle qui contenait la chambre où Armand a vu le jour. Après avoir longuement étudié sur place Blason Rogier de la MarbelièreLemercier revient Paris où il présente les plans, qu’il vient de réaliser, à son client. Richelieu donne son accord et les travaux commencent dès le lendemain.
Richelieu choisi le sieur de la Marbelière, Jean Rogier, le père de Louise, et maire de Tours, pour suivre les travaux et les payer.

La famille Rogier de la Marbellière portait: ” D’azur, à trois roses d’or, au croissant d’argent, posé au cœur de l’écu”.

Suite des aventures du chevalier de Charny

Elle avait vingt ans à peine, et re-voyait encore en idée le couvent d’où Charny l’avait tirée ; comment avait-elle été conduite à ce couvent, la jeune fille l’ignorait : elle s’y était réveillée un matin que chaque branche de l’enclos couvert de fleurs semblait chanter an printemps un hymne sonore, tant il y avait de rouges-gorges sur les haies rires, tant le soleil était doux et souriant, l’air agité de frissons doux et paisibles. En se regardant an miroir ingrat de sa petite cellule, elle avait demandé à la vieille sœur qui lui proposait de se promener arec elle sous les marronniers d’où pouvait lui venir sa pâleur, elle qui dans son pays de la Loire, où il y avait de si belles rives, avait toujours les joues roses. A ces étonnements candides. ‘ ces questions pressées d’une malade sortant pour la première fois de sa torpeur léthargique et de sa fièvre, la sœur n’avait répondu que par des mots évasifs, ayant soin de faire intervenir le nom du chevalier de Charny dans chaque phrase qu’elle prononçait, en se contentant de dire à la jeune Suzanne — c’était alors le nom que portait Gabriel — qu’elle revenait d’une longue et grave maladie, qu’il lui fallait du repos, et que chaque jour M. de Charny viendrait la voir au parloir.

— M. de Charny, qu’est-ce que cela”? avait demandé la timide novice.

— M. le chevalier de Charny, répondait la sœur, est un ami de votre famille ; il est jeune, il est bien fait, il a tout pour plaire; il n’a qu’un défaut, celui d’être épris de vous et délicat à l’excès, car pendant tout le temps de votre maladie il se présentait seulement à l’une de nos grilles et envoyait Saint-Jean, son valet de chambre, s’informer de la santé de mademoiselle Suzanne.

— Suzanne !- oui, c’est bien moi, reprenait alors la jeune fille, ivre de bonheur et reportant sa pensée sur des jours moins tristes, voilà bien le nom qu’on me donnait — on ne m’en a jamais donné d’autre — au château que j’ai quitté. Comment l’ai-je quitté? comment suis-je ici? Je me le rappelle à peine… Je sais seulement que je suis bien triste, ma sœur, de ne plus revoir les gazons où je folâtrais toute petite, le fleuve dans les ajoncs duquel j’amarrais le soir ma barque, — car j’avais une barque, ma sœur, et je n’en ai point à ce couvent, — les fanaux des tours de la Loire qui se répondaient la nuit et me montraient leur œil enflammé, ce qui me faisait grand’peur! Je sais encore que mon père a été traîné en prison, que sans doute il y est mort de chagrin, — car votre supérieure m’a assuré qu’il était mort. — Mais si mon cœur se gonfle au souvenir du passé, n’a-t-il pas plus encore à redouter de l’avenir? Quelle foi, ma sœur, puis-je avoir en lui, moi qui jusqu’à ce jour n’ai connu que les larmes et la misère?

Le bruit d’une litière arrêtée sous les murs du jardin interrompit un jour cette conversation : c’était le chevalier qui arrivait, le chevalier jeune et beau, paré de cette grâce et de cette noblesse qui plaît aux femmes; au frémissement de ses éperons dans les herbes du cloître, à la seule trace des roues laissées par sa voiture, le cœur de Suzanne bondissait. Il venait à elle avec des regards humides d’amour, et elle en avait presque peur. Insensiblement cette peur fit place à une sympathie tendre et douce ; le chevalier de Charny excellait sur toute chose dans le parlage galant et plein de charme des grands seigneurs, il paraissait ignorer le passé de Suzanne, tout en se disant l’ami de son père et l’exécuteur de ses dernières volontés ; mais en revanche il lui ouvrait les portes d’un avenir qu’elle n’avait jamais osé rêver; à diverses reprises il parlait d’en faire sa femme.

Il faut avoir habité le couvent et sondé de bonne heure son morne ennui, ses découragements, ses tristesses, pour savoir quel charme unique et progressif s’attache aux visites les plus ordinaires; celles du chevalier avaient cet enivrement qui suit les moindres pas des gens de cour…

Le château de Chaumont

Au Xe siècle, c’est Eudes I, comte de Blois qui fit construire une forteresse pour protéger la ville de Blois des attaques des comtes d’Anjou. Le chevalier normand Gelduin reçoit Chaumont et fait consolider la forteresse. Sa petite-nièce, Denise de Fougères ou de Pontlevoy, ayant épousé Sulpice Ier d’Amboise, le château passe dans la famille d’Amboise pour cinq siècles.

Louis XI fit brûler et raser Chaumont en 1455 pour punir Pierre d’Amboise de s’être révolté contre le pouvoir royal lors de la « Ligue du Bien Public ». Puis, son fils Charles Ier d’Amboise entreprit la reconstruction du château de 1465 à 1475 en édifiant l’aile Nord (face à la Loire) aujourd’hui disparue.

De 1498 à 1510, Charles II de Chaumont d’Amboise, aidé de son oncle le cardinal Georges d’Amboise, poursuivit la reconstruction dans un style déjà marqué par la Renaissance tout en conservant la même allure générale fortifiée.

À la fin de 1559, Catherine de Médicis, qui possédait le château depuis 1550, l’échangea à sa rivale Diane de Poitiers, maîtresse du roi Henri II, contre celui de Chenonceau.

À la mort de Charlotte de La Marck, petite-fille de Diane (1594), le château fut hérité par son époux, Henri de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, qui le revendit à un fermier général des gabelles nommé Largentier.

Profitant de l’arrestation de Largentier pour fraude et du droit lignager de sa femme Isabelle de Limeuil, le gentilhomme lucquois Scipion Sardini, qui devint baron du lieu, puis ses fils, furent les propriétaires du château entre 1600 et 1667[3].

À cette date, le château passa par alliance aux seigneurs de Ruffignac, famille périgourdine.

Le duc de Beauvilliers (qui devint duc de Saint-Aignan à la mort de son père) l’acheta à cette famille en 1699. Le château retrouva son faste passé et accueillit même en 1700 le duc d’Anjou qui cheminait vers l’Espagne pour s’y asseoir sur le trône.

À la mort du duc, une de ses filles en hérita et l’apporta à Louis de Rochechouart, duc de Mortemart, son époux. Ce dernier, grand joueur, contracta des dettes et dû s’en séparer.

Il fut vendu à un maître des requêtes ordinaires de Louis XV, Monsieur Bertin, qui fit certaines modifications dont l’ouverture sur la Loire en abattant le corps de logis qui fermait la cour.

En 1750, Chaumont passa à un maître des eaux et forêts, Jacques-Donatien Le Ray, futur intendant des Invalides, qui y fonda une célèbre manufacture de produits céramiques. Benjamin Franklin y séjourna et obtint même de son hôte l’envoi d’un navire chargé de munitions destinées aux indépendantistes américains. Après sa mort, son fils tenta même de fonder, sans succès, une colonie et une ville sur les bords de l’Ohio qui avait été baptisée Chaumont.

En 1810, Madame de Stael, exilée, s’installa au château pendant les aventures de Monsieur Le Ray, fils, aux États-Unis.

Monsieur Le Ray avait fait de Chaumont une manufacture, le château devint une ferme après sa cession en 1829 à un certain monsieur d’Etchegoyen.

Des restaurations furent commencées avec le comte d’Aramon qui l’acquit en 1834 (mort en 1847) et poursuivies avec le vicomte Walsh qui épousa sa veuve.

Plus tard, Marie Say en devint propriétaire en 1875. Elle épousa peu après Amédée de Broglie (fils d’Albert de Broglie). Ils firent aménager de luxueuses écuries et un parc paysager à l’anglaise. 

L’édification en 1877 de ces écuries somptueuses fut confiée à l’architecte Paul-Ernest Sanson, également chargé par le prince Henri Amédée de Broglie et son épouse Marie, de la restauration complète du château. L’architecte fit le choix d’un ensemble en brique et pierre.

Les écuries de Chaumont sont représentatives de ce que l’aristocratie fortunée fit construire à la fin du XIXe siècle pour abriter ses chevaux. Elles furent considérées à l’époque comme les plus luxueuses d’Europe, bénéficiant alors d’un éclairage électrique à arc, en même temps que l’Opéra Garnier et l’hôtel de ville de Paris.

Pendant quarante ans, le château connaîtra une époque fastueuse durant laquelle les Broglie donneront des fêtes et réceptions éblouissantes, en menant une vie digne d’une maison royale. Malheureusement, des revers de fortune obligeront la princesse de Broglie à vendre Chaumont en 1938 à l’État qui l’affectera au service des Monuments historiques.

Suite des aventures du chevalier de Charny

Les traits de ce jeune homme, dit-il en lui montrant Gabriel, me rappelaient en ce moment même ceux d’un enfant que j’ai connu…  Et en quel endroit, monsieur, dit négligemment le chevalier au capitaine, pensez-vous avoir connu ce jeune homme?

A Tours, chevalier… près du château de la Marbelière… Oui, si mes souvenirs ne me trompent pas…  Vous êtes de Tours? murmura Charny, vous connaissez le château de la Marbelière?… *  Et celui de Chaumont… qui n’en est qu’à trois lieues… reprit le capitaine en fixant toujours Gabriel avec intérêt.  Chaumont sur la Loire? poursuivit Charny, en cherchant à dissimuler l’émotion que faisait naître en lui le souvenir des deux noms évoqués par cet homme… Lorsque j’étais enfant on m’y amenait parfois, continua-t-il en baissant le ton de manière à ce que Gabriel ne pût l’entendre.

La duchesse de Châtillon s’y était alors réfugiée ,continua le capitaine; elle avait auprès d’elle une jolie fille nommée Suzanne… Vous avez raison… je crois l’avoir entendu dire… poursuivit Charny, embarrassé de plus en plus, mais affectant l’air distrait ; cette fille n’est-elle pas morte dans un incendie?  Morte? reprit le capitaine; oui, il y a quatre ans de cela. Les gens du pays assurent qu’elle a péri dans les flammes lorsque le cardinal Mazarin fit arrêter madame la duchesse de Châtillon. Si je vous en parle, c’est qu’elle ressemblait à ce jeune homme.  On se ressemble de plus loin, dit le chevalier; seulement, Gabriel est né près d’Efïiat en Auvergne… Mais puisque tous deux nous sommes compatriotes, capitaine, continua gaiement Charny, buvons ici à la paix des deux couronnes I Ne m’en voulez pas au moins d’avoir refusé vos offres, il n’y a qu’un instant, lorsque vous vous proposiez à moi pour second ; Gabriel m’en a déjà servi plusieurs fois… Tout récemment encore, à Fontarabie, tenez… Si vous voulez faire demain, après le combat, une promenade h cheval avec moi au bord de la mer, j’espère être encore de ce monde… je donnerai l’ordre qu’on vous reçoive à mon auberge… En attendant buvons, je vous le répète, car on nous observe, et ces dames ne doivent rien savoir de la querelle entamée entre ce jeune Espagnol et moi… Remplissant alors un large gobelet, le chevalier posa la main sur sa hanche gauche en relevant sa moustache, et regardant Concha avec des yeux qui n’exprimaient que trop la hardiesse de sa flamme :  A la santé de la reine des Espagnes, dit-il en choquant son verre contre celui de Gabriel et de Malagotti, et que le roi de France soit toujours aussi sûr de ses sujets qu’elle l’est ici de ceux qui la servent ! Ces paroles dites, il but sa rasade d’un trait, et tous les convives, qui étaient gens d’accommodement, interprétèrent son toast en faveur de leur véritable souveraine. Mais don Gaspar de Medina n’eut garde de s’y méprendre; et, démêlant un regard d’intelligence entre Concha et le chevalier, il fit signe à un page de faire avancer son carrosse. — Ne venez-vous pas prendre le frais sur la jetée? dit-il à la belle comtesse de Liche. J’ai donné l’ordre qu’on attelât ce soir ces deux chevaux isabelle que vous aimez tant. — Permettez-moi, du moins, cher Gaspar, répondit Concha, qui ne voyait que trop bien les dispositions hostiles du duc, de répondre à la santé que M. le chevalier de Charny vient de porter à la reine.