Le marais Poitevin

Revenons à Louis Poittevin et Catherine Rogier de la Marbellière.

De ce mariage naquirent 9 enfants.

Dont Catherine, née le 9 mai 1601. Mariée vers 1627 à Amable Bitton, Seigneur de la Franconnière, écuyer,conseiller du Roi, receveur général de ses finances à Poitiers.

Amable Bitton et la transformation du marais Poitevin en marais des “capitalistes”:

S’il est un paysage auquel la raison humaine imprime sa marque, c’est bien le Marais Poitevin, ou plus exactement le Marais desséché, cette surface presque parfaitement plane arrachée à la mer, protégée par des digues et quadrillée par un réseau géométrique de canaux. de ces espaces désolés, les moines du moyen-âge avaient fait des lieux de prière, et leur foi conquérante avait peu à peu sorti des eaux de nouvelles terres pour la gloire de Dieu et la subsistance de ses serviteurs. Et puis la désunion entre chrétiens, pendant les guerres de religion, a ruiné cette oeuvre éminemment communautaire, de sorte qu’au XVIe siècle tout est à recommencer. Cependant un esprit nouveau est déjà à l’œuvre à travers l’humanisme, qui tend à faire de l’homme un rival de Dieu. Alors qu’un peu partout ailleurs on rafistole le vieux monde, ici les humains se font demiurges et entreprennent de créer de toutes pièces un paysage, une économie, une société. Une extraordinaire aventure… mais aussi pour eux l’occasion de percevoir leurs limites.

Le 17 juin 1586, Henri de Navarre est à Marans. « C’est, écrit-il à Corisandre, une île enfermée de marais bocageux où de cent pas en cent pas il y a des canaux pour aller chercher le bois par bateaux. » Quelques années plus tard, devenu Henri IV, il fait des marais de son royaume le lieu par excellence où manifester tout à la fois la puissance de la nouvelle monarchie et sa sollicitude à l’égard de ses sujets.  Pour cela, l’ancien huguenot fait appel au savoir-faire des Hollandais, grands spécialistes en matière de dessèchements et reconnus également pour leur puissance financière.  Par un édit de 1599, il confie l’entreprise à un ingénieur brabançon, Humphrey Bradley, qu’il nomme maître des digues du royaume.  Outre la propriété de la moitié des terres asséchées, exemptées d’impôts pendant vingt ans, lui et ses associés bénéficieront de la naturalisation au bout de deux ans.  Les douze plus gros actionnaires seront anoblis ; quant à ceux qui sont déjà nobles, ils peuvent participer à l’entreprise sans déroger.  Pour l’heure, il s’agit uniquement des anciens assèchements des abbayes. À la mort de Bradley, en 1639, tous ces avantages sont prorogés au profit de Pierre Siette, ingénieur et géographe du roi en poste à La Rochelle.  En 1642, celui-ci crée la Société du Petit-Poitou, un modèle appelé à faire école, où les capitaux hollandais sont majoritaires, mais qui intègre également des hommes d’affaires parisiens et surtout poitevins.  L’ancien achenal le roi, rebaptisé canal des Hollandais, est remis en service, ainsi que le canal des Cinq Abbés, et l’on creuse en outre les canaux de la Vienne et du Clain, qui convergent vers l’embouchure de la Sèvre Niortaise.  Quatre ans plus tard, 6 400 hectares sont desséchés, et l’entreprise peut être considérée comme achevée.

Parallèlement se met en place une autre association financière, la Société des Marais de Vix-Maillezais, qui concerne des terres situées plus à l’est, régulièrement inondées par les crues de l’Autize, de la Sèvre Niortaise et de la Vendée.  L’initiative revient cette fois à Barnabé Brisson, fils du grand juriste, qui à partir de 1642 commence par acheter des terres et à recruter un associé rocherais, Octavio de La Strada.  D’abord concurrent d’Amable Bitton, le très riche receveur général des finances de Poitiers, il finit par fonder avec lui, en 1648, une société dont le capital est divisé en 24 actions.  Les statuts adoptés en 1654 stipulent que les associés devront être domiciliés à Fontenay le Compte, et effectivement on y retrouve la fine fleur des officiers de la ville.  Mais deux d’entre eux sont en fait des prête-noms du duc de Roannez, Artus Gouffier, le petit-fils du seigneur d’Oiron.  Gouverneur du Poitou, passionné de mécanique des eaux, celui-ci est en relations avec le grand physicien hollandais Huygens et fait prendre une participation à l’entreprise à son ami Blaise Pascal, qui à l’époque travaille précisément à son Traité sur l’équilibre des liqueurs.  En 1655, les associés font d’ailleurs réaliser deux aqueducs permettant au grand canal de Vix de passer en dessous de l’Autize et de la Vendée.  Cependant, la gestion de la compagnie échappe bientôt à la région, et en 1670 elle est prise en main par cet éminent représentant de l’aristocratie d’affaires de l’époque qu’est le duc de Roannez, qui par ailleurs participe notamment à la canalisation de la Haute-Seine et aux carrosses à cinq sols, l’ancêtre de nos transports en commun.

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