Le chevalier de Méré

Le chevalier de Méré, écrivain et moraliste français, était l’ami du couple Amable Bitton et Catherine Poittevin.

Il parle de Madame Bitton dans l’une de ses lettres.

A Madame Bitton.

Et homme pour qui je vous avois écrit , m’a fort assuré que vous estes merveilleusement belle à voir , et qu’en la. ville de Melle , et  sur le chemin de Paris, et dans Paris même il n’a rien découvert qui vous ressemble. Il se loue aussi beaucoup d’un grand nombre de bien-faits qu’il a reçus de vous, Madame , et de ce que vous avez bien voulu employer vos agréments pour le tirer de peine et le rendre heureux. J’admire que de tant.de gens qui vous trouvent si aimable ce soit peut-estre le seul qui ne se plaint pas de vostre sévérité. Mais comment se peut-il que les interests des personnes que je vous recommande vous soient si chers, et que vous ayez tant négligé les miens? Cet homme a gagné son procès par vostre faveur, et j’ay toûjours perdu ma cause par vostre injustice. Ce qu’on croiroit que je ne dis qu’en riant je le sens bien sérieusement : et sans mentir il faut que vous soyez étrangement née à me tourmenter , puis que vous me nuisez à force de m’obliger , et qu’il s’y mesle des sujets de dépit et de mutinerie. Je ne laisse pas neanmoins de vous remercier tres-humblement de ce que vous avez fait pour mon amy. Mais, Madame, je vous conjure aussi d’avoir soin de moy même, et de ne m’abandonner pas dans ma solitude; c’est bien tout ce que je puis que de me passer si long-temps d’estre auprès de vous,et  je ne say ce que je deviendrois si nostre commerce venait à se rompre. Je vous assure et vous en devez estre persuadée, que si vous estiez dans un desert et que je fusse dans le monde, j e ne vous laisserois pas en un si triste repos : et que si je ne pouvois vous aller tenir compagnie , au moins je vous écrirois frequemment. J’ay le cœur abbatu par une longue tristesse , et cela me pourroit bien venir de ne plus apprendre de vos nouvelles; car il me semble que vous estes la seule qui me pouvez donner de la joye , en me faisant souvenir que vous ne m’avez pas oublié. Cependant vous me laissez là sans vous enquérir si je suis mort ou vivant : et moy qui vous ay tant dit que vous estiez trop attachée à votre devoir, vous m’avez enfin réduit à vous avertir que vous ne le  faites pas à mon égard. Mais quand vous pourriez vous résoudre à ne vous pas soucier d’une si longue et si sincère affection que la mienne, toûjours devriez vous m’écrire à cause de vous-même. Vous m’avez dit quelquefois que je porte bon-heur à mes amis et à mes amies pour tout ce qui regarde la parfaite honnêteté: et comme vous estes la plus belle femme du monde , pensez qu’il vous siéra bien d’estre encore la plus intelligente , et d’avoir de cet esprit que l’on aime.

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