La princesse et la licorne

Il était une fois, il y a très longtemps, dans un lointain pays, un roi ténébreux qui vivait dans un château sombre et silencieux.
Ce roi avait vécu tant de souffrances qu’il s’était réfugié dans cette forteresse pleine de fantômes d’où personne ne pouvait le déloger..
Il avait une fille. Elle grandissait dans cet environnement austère, sans contacts extérieurs,élevée par sa maman, une reine douce et timide. La princesse avait appris à raser les murs quand les colères du roi, en proie aux démons que lui seul voyait, faisaient trembler jusqu’aux fondations du château.Elle parlait peu, souriait toujours, pour ne pas briser le silence pesant qu’exigeait la maladie du roi.
Mais elle écoutait beaucoup, de tous ses sens. Le jour de ses seize ans, elle pris son courage à deux mains, et demanda la permission de sortir du château. La reine se figea sur son ouvrage; le roi fit mine de n’avoir rien entendu. « Papa, je voudrais sortir du château, s’il te plait ».
« Va, ma fille, si c’est ce que tu veux, mais dehors tu n’auras que des ennemis». La reine tourna la tête pour cacher ses larmes. La princesse tremblante mais déterminée, pris pour la première fois la direction du pont levis.
Le coeur gros, elle commença son voyage. Elle s’engagea sur la seule route qu’elle avait pu apercevoir d’une des meurtrières du château. Elle traversa des lieues de désert gris en évitant les rencontres. Un jour, elle décida de changer de direction ;son intuition lui susurrait qu’il devait y avoir autre chose, ailleurs.
Rapidement, le paysage changea curieusement. L’herbe et la végétation se permirent des audaces de formes et de couleurs,les oiseaux s’échangeaient gaiement leurs plus belles trilles, l’eau claire des ruisseaux sautait de rochers en rochers. Son cœur battait fort. Malgré la beauté des lieux elle se sentait anxieuse, elle n’avait peut-être pas le droit d’être là ? Alors, au détour d’un sentier étroit, alors qu’elle allait rebrousser chemin, elle s’arrêta net. Une créature magnifique se tenait devant elle, grande,blanche, irréelle, comme elle n’en avait vue que dans ses livres : une licorne… Avec un regard infiniment doux, l’animal s’avança vers la jeune fille.
« Bonjour, lui dit la licorne
– Bonjour. Comme vous êtes belle !
– Toi aussi. Qu’est ce qui t’amène par ici ?
– Je ne sais pas au juste, je suis désolée. J’avance depuis de longs jours sans savoir ce que je cherche.
– Je vois. Tu n’as pas à être désolée. Puis je t’accompagner ? Je pourrais te présenter mes amis ?»
Elles cheminèrent ensemble, la jeune fille aux pas mal assurés racontant son enfance, la licorne légère posant ses sabots à ses côtés. En chemin, elles rencontrèrent l’escargot, qui raconta le plaisir de sa vie lente et sa façon de profiter de la moindre goutte d’eau de pluie pour savourer le bonheur d’être en vie. Puis le papillon éblouissant qui savait ce qu’était une métamorphose; un majestueux cygne blanc lui conta une drôle d’histoire de vilain petit canard; une grenouille, qui avait longtemps vécu dans un puits, lui narra les difficultés de croire aux étangs, aux lacs, à la mer…
La princesse eut très souvent peur de ces créatures inconnues, douta parfois de ces histoires extraordinaires. Elle avait entendu tant de mises en garde pendant son enfance. Alors quand elle était trop fatiguée, la licorne la prenait sur son dos. Au bout de quelques jours, la jeune fille lui fit suffisamment confiance pour s’y endormir et se laisser guider. Finalement, il faisait bon dans cet étrange pays. Elle traversa de nouveaux paysages, fit d’autres rencontres, toutes plus étonnantes les unes que les autres. Elle fut souvent maladroite, ses erreurs lui donnèrent parfois envie de se cacher comme le bernard l’hermite. Mais la licorne était là, qui accueillait ses faux pas d’une grande sollicitude, lui expliquait ce monde sans la brusquer. Elle lui apprit aussi à se défendre ou à dire non, car c’était parfois nécessaire. En échange, la princesse grimpait dans les arbres pour cueillir des fruits ou les fleurs qui agrémentaient les repas de la licorne. Celle ci semblait toujours savoir quand la princesse avait besoin d’assistance. Petit à petit la princesse pris confiance en elle en intégrant les conseils de sa nouvelle amie. L’aide de l’animal se fit plus discrète.
Elle compris aussi qu’elle ne pourrait redonner de couleurs aux joues de ses parents si ceux ci s’entêtaient à rester cloitrés. Elle chargeait des colombes de leur envoyer des herbiers, des dessins d’oiseaux…
Alors sa vie devint gaie, colorée, riche d’expériences et d’êtres très différents, passionnants.
Et ce ne fut là que le début, d’une très, très longue et très belle histoire…..

La petite fée Carotte

Il était une fois une petite fée « Carotte »,
une petite fée bien malheureuse que les enfants n’aimaient pas …
Par sa couleur d’une part, et par son goût d’autre part …. elle était aussi triste que son lutin d’ami l’épinard et toute aussi émotive que son cousin le chou rouge ….
Même son petit voisin le radis noir était tout aussi bânni du monde des légumes où reignait avec grande fierté la reine pomme de terre ….
Cela était bien dur à porter pour une si pourtant belle petite carotte avec sa couleur orangé qui brillait de mille feux ; un jour, encore plus déprimée qu’à l’accoutumée, elle s’en alla chercher la bonne parole auprès de ses comparses , les fées tomates ….
Les tomates toutes aussi moqueuses les unes que les autres ne comprenaient pas le curieux complexe qu’offrait la fée carotte ….
– tu es si belle Carotine , pourquoi tu es si triste ?
– parce qu’il n’y a pas un enfant qui se régale goulument de ma chair , dit elle en soupirant et en reniflant une larme … pis j’en ai assez de me faire rejeter des cantines des écoles en entendant hurler les petits : « non pas des carottes , beurk  » …
– oui mais as tu pensé à faire un retour en force Miss carotte ? s’exclafèrent les tomates dans une bousculade,
– oui mais comment ? soupira carotine
– tu devrais y aller avec toute ta bande de bânnis et à vous tous , vous arriverez à faire vous aimer de ces petites têtes blondes,
Les tomates n’avaient pas torts et c’est ainsi qu’un beau matin , ils mirent de côté leurs peurs et allèrent tous devant les grilles de l’école maternelle de leur quartier.
Le petit voisin le radis pleurait derrière le chou rouge, et l’épinard n’en menait pas large mais qui était au devant de la bande d’appeurés ? La fée carotte avec une banderolle où il y était marqué : « grève des légumes, légume en détresse » !!!!
ils firent un tel chahut que la cantinière fut obligée de sortir et de les gronder : « chut ! vous n’avez pas honte , vous allez faire peur aux petits, pour la peine je vous ramasse tous et vous allez voir ! » ….
et c’est ainsi que nos joyeux comparses furent mis emprisonnés dans du papier celophane et menottés tous les uns que les autres dans un plateau d’argent direction la cantine, la cantine des petits de trois ans les plus redoutables et ceux que les légumes craignaient le plus ….
au repas , il y avait ces bêcheuses de frites qui se trémoussaient à l’idée d’être mangées sur un fin lit de mayonnaise ….
Ils tremblairent de tous leurs petits membres, quand soudain une petite fille cria : « vous z’avez vu ya un zoli plat là bas les zamis » !!!!
les petits enfants se mirent tous à rire et la petite fille répliqua : « vous zallez arrêter oui, c’est zoli toutes ces couleurs, ze veut gouter moi » ….
et c’est grâce à ce petit doigt de petite fille et à son imagination que les petites carottes, les radis noirs, les épinards tant redoutés furent les rois de ce repas par leurs jolis nuanciers de couleurs, et tous le soir venu, les enfants purent dire à leurs mamans,
« je veux des petits légumes de couleurs car c’est plus joli que des pommes de terre toutes fades et blondes » …
la reine pomme de terre fut terriblement véxée mais la tristesse des légumes bannis fut enfin terminé !!!!


Le miroir des fées célestes

Avez-vous déjà entendu parler du palais de Brocart ? Mais si, bien sûr, c’est le palais des deux fées célestes qui tissent tout le long du jour, les nuages, pour l’empereur du Ciel. Vous vous tromperiez bien si vous les croyiez heureuses de leur sort car les deux fées s’ennuient à mourir dans leur palais. Un jour d’ailleurs, elles se sont sauvées. Écoutez plutôt…

Ce jour-là, c’était l’anniversaire de l’empereur du Ciel et tous ses serviteurs étaient occupés aux préparatifs d’un grand festin. Les employés célestes s’amusaient dans les salles impériales et la garde de la porte du Sud, celle par laquelle on descend sur la terre, buvait joyeusement à la santé de l’empereur et sombrait peu à peu dans une somnolence béate. Les deux fées célestes étaient restées seules.

Dans leur merveilleux palais, elles s’ennuyaient de vivre constamment dans la béatitude, de boire tous les jours du nectar et de tisser tous les jours un nuage en forme d’enclume et sept nuages blancs moutonneux. Leurs jours se ressemblaient comme un neuf ressemble à un autre neuf et nos deux fées s’ennuyaient, s’ennuyaient à mourir.

« Tu sais, petite sœur, » soupirait la plus jeune, « je préférerais m’en aller et descendre sur la terre plutôt que de continuer à m’ennuyer ici. Les hommes ne connaissent pas leur bonheur ! Tant de travail, et toujours du nouveau, ça me plairait tellement ! »

« A moi aussi, » continua l’aînée, « et si tu voyais leurs montagnes et leurs rivières qui serpentent ! Que c’est beau ! Rien de pareil dans ce palais ennuyeux. Et si nous nous sauvions ? »

Le chemin n’est pas long de la pensée à l’acte. Les deux fées célestes se mirent en route et, sur la pointe des pieds, tout doux, tout doux, elles se faufilèrent jusqu’à la porte du Sud qui conduisait à la terre. Les gardes dormaient profondément. Les deux jeunes filles se glissèrent dehors furtivement.

« Maintenant, petite sœur, » proposa la cadette, « nous allons nous séparer. Tu iras vers le Sud, et moi vers le Nord. Et lorsque nous aurons trouvé un être en détresse, nous resterons pour l’aider. »

Ainsi se séparèrent les deux fées. Et tout se passa comme l’avait dit la plus jeune. Toutes deux rencontrèrent deux vieilles femmes solitaires et usées et restèrent à les aider. Bientôt, elles perdirent leur teint transparent et devinrent toutes roses. Elles se plaisaient beaucoup sur la terre. Jamais plus elles ne pensaient au ciel.

Mais rien n’est éternel, hélas. Cent ans avaient passé sur la terre, cent ans, ce qui fait exactement sept jours au ciel. Les festivités avaient pris fin et l’empereur Céleste commença à chercher les deux jeunes filles. Mais en vain, elles étaient introuvables. « Où sont-elles donc passées, » gronda l’empereur. «Voilà un moment qu’il n’a pas plu et j’aurais besoin qu’on me tisse au plus vite un nuage d’orage. » Et l’empereur fit chercher les deux fées. Les serviteurs revinrent bientôt pour lui apprendre que la porte du Sud était ouverte et que les deux jeunes filles s’étaient probablement sauvées.

C’est un comble ! » s’écria l’empereur. «Qu’on me les ramène au plus vite ! Sinon, j’enverrai sur la terre une sécheresse abominable ! »

Alors les messagers célestes descendirent sur la terre à la recherche des deux fées. Ils les trouvèrent enfin. Mais les jeunes filles ne voulaient pas rentrer. Pourtant, il fallut bien se rendre ! Pouvait-on désobéir à un ordre de l’empereur du Ciel ? Tête baissée, les yeux pleins de larmes, les deux fées reprirent le chemin du ciel.

En arrivant devant la porte du Sud, la plus jeune dit :
«Petite sœur, je crois que je mourrai de regret si je ne peux plus regarder le monde en bas ! »

L’aînée hocha la tête en soupirant, puis elle dit :
«J’ai une idée. Jetons nos miroirs. Ainsi, quand nous regarderons en bas, nous y verrons se refléter le monde entier. »

Alors les deux jeunes filles sortirent leurs miroirs de leurs larges manches et les jetèrent en bas. Les miroirs descendirent en scintillant, ils tournoyèrent un instant avec de petits sifflements et tombèrent sur la terre où ils se transformèrent en deux lacs enchantés dont les eaux limpides reflétaient les montagnes, les forêts, les collines et les hommes. Et savez-vous où sont ces deux lacs ? L’un est en Chine, c’est le Grand Lac Occidental, et l’autre au Vietnam, à Hanoi.

Aladin et la lampe merveilleuse

Quelque part en Afrique, vivait un puissant magicien qui possédait d’innombrables trésors, obtenus par magie. Un jour qu’il était assis devant ses étranges instruments grâce auxquels il pouvait voir le futur, il vit dans un tourbillon de fumée quelque chose qui lui coupa le souffle.
Dans une ville lointaine vivait un jeune garçon, Aladin, qui possédait, sans le savoir, un très grand pouvoir magique. Plus encore, enterré dans une cave sous une colline hors les murs de la ville, se trouvait le plus merveilleux trésor qui soit au monde. Ce n’était pas tout, dans la même cave se trouvait une vieille lampe qui pouvait exaucer tous les désirs de celui qui la possédait. Aladin, et Aladin seulement, pouvait se rendre maître et du trésor et de la lampe.
Le magicien, fasciné par ce qu’il avait vu, revint subitement sur terre « Ne suis-je pas un grand magicien ? » se dit-il, « je ne vais certainement pas laisser un tel trésor entre les mains de cet ignorant. »
En hâte il se déguisa en religieux et, frottant l’anneau magique qu’il avait au doigt, dit : « conduis-moi dans la ville d’Aladin ». En un éclair il fut dans la rue où Aladin jouait avec ses compagnons. Dès qu’il l’eut reconnu, le magicien appela le jeune garçon : « Aladin, mon cher neveu ! Viens que je t’embrasse ! Cela fait si longtemps que je te cherche. »
Aladin, le regardant avec étonnement, répondit : « Je ne vous connais pas, ma mère ne m’a jamais parlé d’un oncle et mon regretté père ne m’avait de sa vie parlé d’un frère ». « Mon pauvre enfant », dit en pleurant le magicien, « cela fait si longtemps que je n’ai pas vu ton cher père et il me faut apprendre maintenant qu’il est mort… Mon cher enfant », continua-t-il, « par amour pour ton défunt père je veux prendre en charge ton éducation et faire de toi une personne respectable, car je vois à tes vêtements que ta mère a bien du mal à vous faire vivre. » « Mon oncle », dit Aladin, « ma mère en effet, n’est qu’une pauvre ouvrière, allons la trouver pour lui annoncer la bonne nouvelle».
Tout d’abord la pauvre veuve ne voulut pas croire le mystérieux étranger, mais elle se radoucit quand il lui donna dix pièces d’or afin qu’elle achète des vêtements à son fils.
« Mais seulement les plus beaux », précisa-t-il avant de s’en aller, « car si Aladin doit devenir riche et puissant, il doit être vêtu en conséquence. J’en jugerai par moi-même demain car dès le lever du jour je le prendrai à ma charge. » La mère d’Aladin employa les dix pièces d’or à l’achat des plus beaux et des plus fins vêtements qu’elle pût trouver.
Le matin suivant, quand l’étranger revint, Aladin l’attendait, vêtu aussi somptueusement que les enfants des plus riches de la ville. « Parfait », approuva le magicien, « maintenant allons, il n’y a plus de temps à perdre. » Il l’emmena dans de splendides jardins pleins de fleurs merveilleuses qui embaumaient. Leurs pétales multicolores se reflétaient dans les pièces d’eau, bordées de mosaïques et de fontaines. Ils se reposèrent sur une pelouse douce comme du velours et écoutèrent le chant des oiseaux. Aladin n’avait jamais rien vu ni entendu d’aussi beau, même dans ses rêves… Quand le magicien vit Aladin aussi émerveillé, il se frotta les mains, son plan devait réussir. « Je vais te faire voir des choses extraordinaires et inconnues de tous les mortels, des richesses que personne n’a jamais vues», promit-il, alors qu’ils approchaient de la colline sous laquelle était enfoui le trésor.
Le magicien commença à mesurer le sol puis il s’arrêta. Ayant allumé un feu de quelques brindilles, il y jeta une poignée d’encens. Bientôt il n’y eut plus qu’un épais nuage de fumée. « Regarde à travers la fumée », dit le magicien lui montrant le sol. Aladin, surpris, découvrit une trappe pourvue d’un anneau en fer.
« Tu vas soulever cette trappe et descendre dans les profondeurs de la terre », murmura le faux-oncle, « tu passeras par des couloirs, des salles, des jardins, tout ce que tu pourras prendre sur le chemin sera à toi, la seule chose que je désire est une lampe qui est accrochée dans une des salles. »
« Avec plaisir, mon oncle », dit Aladin, « mais pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi ? » « Je reste ici pour veiller sur ta sécurité », dit le magicien, « maintenant vas-y. » Aladin attrape l’anneau et soulève la trappe avec tant de facilité que le magicien en est suffoqué. Le jeune garçon arrive à un passage obscur après avoir traversé de grandes salles pleines d’or, d’argent, de diamants, de perles et autres pierres précieuses. Sans le savoir il a découvert le plus riche trésor du monde. Il continue d’avancer et arrive à un jardin merveilleux. Les arbres ploient, tant leurs branches sont chargées de fruits. Mais ce ne sont pas des fruits ordinaires, leur éclat est éblouissant. De chaque branche tombent des diamants, des perles, des rubis d’un rouge intense, des améthystes, des émeraudes et des saphirs. Les pétales des fleurs sont d’or fin et dignes d’orner la tête d’une princesse. Dans une niche est accrochée la lampe. Elle est vieille, poussiéreuse et éclaire faiblement. Aladin la décroche avec précautions, éteint la flamme, jette l’huile et prend le chemin du retour. Alors seulement il prend le temps d’admirer les richesses qui l’entourent et d’en remplir ses poches. Le magicien l’attend dans la plus grande impatience. Quand il le voit, il crie: « Que de temps il t’a fallu! Viens maintenant, passe-moi la lampe et je t’aiderai à sortir. »
«Je ne peux pas, mon oncle, elle est trop lourde, aidez-moi d’abord à sortir », bégaie Aladin. Mais le magicien n’a pas la moindre intention de l’aider. Il veut la lampe pour ensuite se débarrasser du jeune garçon. Il insiste, tour à tour doux et menaçant, mais en vain. Aladin essaie encore et encore, mais il ne peut réussir à soulever la lampe jusqu’à l’ouverture. Alors le magicien entre dans une fureur épouvantable.
« Ingrat », hurle-t-il, « je vais te donner une leçon. Et à ces mots il jette une seconde poignée d’encens dans le feu, tout en marmonnant des paroles magiques dans une langue inconnue. La dalle de pierre se met à bouger et lentement recouvre l’ouverture.
« Puisque je ne peux pas avoir cette lampe, tu peux mourir, personne ne viendra te chercher là », dit-il avec un rire mauvais. Puis il frotte l’anneau magique et disparaît.
Aladin est tout seul dans l’obscurité. Comment aurait-il pu penser que son oncle le traiterait aussi cruellement. Il appelle au secours mais personne ne peut l’entendre et il ne peut sortir de là sans aide. Il remonte les couloirs, les salles, jusqu’au jardin merveilleux, cherchant une issue éventuelle. Mais rien. Désespéré, il revient au point de départ, et se laissant tomber dans un coin, il pleure silencieusement. Puis il se met à prier. Comme il prie, ses doigts accrochent la vieille lampe et soudain un génie à la figure énorme se matérialise devant lui.
« Maître, vous m’avez appelé, que désirez-vous ? » demande-t-il à Aladin.
« Emmène-moi auprès de ma mère », ordonne le jeune garçon, abasourdi, et avant d’être revenu de son étonnement, il se trouve devant la porte de sa maison …
Il raconte ses aventures à sa mère qui convient avec lui que la lampe renferme un pouvoir magique et ils comprennent alors pourquoi le magicien y tenait tant.
Aladin est fou de joie : « Finies la pauvreté et les privations ! » et joignant le geste à la parole, il fait de nouveau apparaître le génie auquel il commande à dîner. Le génie disparaît un instant et reparaît chargé d’une bassine et de douze plats d’argent, chacun rempli de mets plus délicats les uns que les autres. Le génie apporte également du vin et des fruits délicieux, qu’il place devant Aladin et sa mère.
Cette dernière ne peut en croire ses yeux et tremble de crainte. « Jette cette lampe, mon fils, elle est ensorcelée et ne nous apportera que des ennuis. »
« Mais c’est elle qui m’a libéré de cette trappe dans laquelle mon prétendu oncle m’avait enfermé ! » proteste Aladin en commençant à manger. Pourtant sa mère ne cesse de s’inquiéter et de trembler.
Pour lui faire plaisir, Aladin promet de cacher la lampe dans un endroit sûr et de chercher un travail honnête. Puis tous deux décident de vendre les plats d’argent, et ainsi de vivre un certain temps confortablement.
Pendant la journée, Aladin va de marché en marché, regardant travailler les orfèvres et les commerçants en essayant d’apprendre quelque chose.
Un jour il décide d’ouvrir lui-même un commerce; emportant avec lui les pierres précieuses qu’il a ramenées du jardin merveilleux, il quitte la maison. Il a à peine fait quelques pas qu’il entend les trompettes du messager du sultan « Rentrez chez vous », crie celui-ci, « fermez portes et fenêtres, la princesse Badroulboudour, fille du sultan, va passer, elle ne doit pas être vue. Si quelqu’un désobéit à cet ordre, il aura la tête coupée. »
Aladin a souvent entendu parler de la beauté de la princesse et il brûle d’envie de la voir. Inconscient du danger, il se cache donc derrière une porte et attend qu’elle passe. En effet la princesse est la plus belle brune que l’on peut voir au monde, elle éclipse par sa beauté toutes les servantes qui l’entourent. Quand elle passe devant la porte derrière laquelle se cache Aladin, le vent soulève légèrement son voile, découvrant ainsi un visage dont la perfection le fait trembler d’émotion.
Une fois la princesse passée, il reprend ses pierres précieuses et rentre en courant chez lui. Il a toujours devant ses yeux, la vision de la princesse, et bien que sa raison sache que c’est pure folie, son coeur déborde d’amour. Il ne peut plus ni manger ni dormir. Sa mère le remarque et lui en demande la raison.
« Hélas mon fils ! » se lamente-t-elle lorsqu’il lui raconte son tourment, « la fille du sultan n’est pas pour quelqu’un comme toi, quelque soit ton amour pour elle, mon fils, il n’y faut plus penser. » « Ma fortune peut égaler celle du sultan », rétorque Aladin, « j’ai beau n’être que le fils d’un pauvre tailleur, je suis sûr que le sultan ne possède pas de pierres précieuses comparables aux miennes. » Aladin dispose ses pierres précieuses dans le bassin d’argent et ajoute : « Chère mère, vous allez vous présenter au sultan et demander pour moi la main de la princesse. Prenez ces joyaux et offrez-les au sultan, ne me refusez pas cette faveur, je vous en supplie, ou je mourrai de chagrin. »
Il n’y a rien qu’une mère ne ferait pour son fils. La mère d’Aladin prend donc le bassin plein de joyaux et, courageusement, se rend au palais. Après avoir franchi d’innombrables portes, elle arrive au divan, pièce immense où se trouvent les nobles, les vizirs et les juges de la cour. Au centre de la pièce, trône le sultan en personne, écoutant les requêtes de ses sujets. Quand elle le voit, la mère d’Aladin se sent défaillir et elle veut rebrousser chemin mais le sultan la remarque.
« Faites venir cette femme, je suis curieux de savoir ce qu’elle désire », dit-il à son grand vizir.
Une fois devant lui, la mère d’Aladin se prosterne, baise le tapis qui couvre les marches du trône et dit « Avant d’exposer à Sa Majesté le sujet extraordinaire qui me fait paraître devant son trône, je la supplie de me pardonner la hardiesse de la demande que je viens lui faire. »
« Relève-toi, bonne femme », répond gentiment le sultan, « quoi que ce puisse être, je te le pardonne dès à présent et il ne t’arrivera pas le moindre mal, parle hardiment. »
« J’ai un fils nommé Aladin », commence-t-elle et, d’une voix tremblante, elle raconte comment son fils, bien que ce soit interdit, a vu la princesse et, devant sa beauté incomparable, en est tombé follement amoureux. « Et je suis venue ici pour demander à Sa Majesté la main de sa fille pour mon fils. »
« Et qu’est-ce qui te permet de penser qu’il est digne de ma fille ? » questionne le roi amusé. « Il vous envoie ce présent », répond bravement la mère d’Aladin en découvrant le bassin d’argent. Un murmure d’admiration parcourt l’assemblée. Le sultan, revenu de son étonnement, se penche vers son grand vizir et lui dit : « Chacune de ces pierres vaut à elle seule dix fois plus que ma fortune tout entière, que dis-tu d’un tel cadeau ? Que dois-je répondre ? » « Je dois reconnaître que le présent est digne de la princesse », répond le vizir à contrecoeur, « mais je pense qu’il serait prudent d’attendre quelques mois avant de vous prononcer, car je suis très soupçonneux quant à l’origine de ces pierres… »
« Rentre chez toi, bonne femme », reprend le sultan, « et dis à ton fils que j’accepte sa requête mais qu’il lui faudra attendre trois mois car il me faut le temps de faire tous les préparatifs. Aussi, reviens au bout de ce temps-là. » La mère, débordante de joie, se dépêche de rentrer pour annoncer la bonne nouvelle. Cette nuit-là, Aladin s’endort le coeur léger, en remerciant Dieu de sa bonté. Mais il ne sait pas que le grand vizir est prêt à tout pour l’empêcher d’épouser la princesse, car lui-même a un fils qu’il veut marier à la fille du sultan afin qu’il monte un jour sur le trône. D’ailleurs, le sultan ne lui a-t-il pas promis la princesse pour son fils bien avant que la mère d’Aladin ne se présente ? Va-t-il laisser un inconnu gâcher ses plans ? Le grand vizir sait ce qu’il lui reste à faire : le sultan devient vieux et il perd un peu la tête. S’il n’entend plus parler d’Aladin pendant quelque temps, il oubliera sa promesse. Alors il pourra même le convaincre habilement que son propre fils est plus digne d’épouser la princesse Badroulboudour.
Le vizir ne perd pas de temps. Le plus important dans la préparation d’un mariage est la procession qui, à travers la ville, se rendra jusqu’au palais du sultan.
Le grand jour arrive. Des soldats et des gardes en uniforme de cérémonie défilent dans les rues tandis que la population s’active à allumer des lampions et à jeter des fleurs.
Aladin ne sait rien de tout cela, car il ne quitte pratiquement pas sa chambre, comptant les jours qui le séparent de sa chance. Pourtant ce soir-là, il s’aventure dans les rues et, étonné de voir la ville en fête, demande quelle est la raison de cette agitation. « Nous célébrons aujourd’hui le mariage du fils du grand vizir avec la princesse Badroulboudour, étranger », lui répond-on. « Nous attendons que l’époux sorte du bain pour l’accompagner jusqu’au palais… »
Aladin n’attend pas plus longtemps, il court jusqu’à sa chambre, prend la lampe qu’il avait cachée et fait glisser ses doigts sur le bronze.
« Que désirez-vous, maître ? » demande aussitôt le génie.
« En ce moment même la procession du mariage de la princesse Badroulboudour marche vers le palais du sultan. Je veux prendre la place du prétendant. Mène le fils du vizir chez lui et enferme-le. Procure-moi aussi les mêmes vêtements que les siens. »
« Il sera fait selon votre désir, maître », répond l’esclave de la lampe. En un clin d’oeil Aladin est habillé et parfumé comme un prince et transporté au palais. La procession arrive à hauteur des portes du palais et personne n’a remarqué la substitution. Seuls le sultan et le grand vizir s’étonnent à la vue de ce mystérieux étranger. Aladin se jette aux pieds du sultan « Monarque au-dessus des Monarques du monde », commence-t-il, « je viens au sujet de la promesse que vous avez faite à ma mère… »
Le sultan irrité se tourne vers le grand vizir : « Je me souviens », dit-il, « ce doit être cet Aladin. Toi, mécréant, tu voulais que ton fils prenne sa place. » « Je pensais seulement à votre intérêt », dit le vizir, furieux de la tournure des événements, « et si vous voulez bien me permettre ce conseil, demandez à cet homme une dot digne de la princesse, vous ne savez même pas quelle est sa fortune. » Le sultan réfléchit un moment et dit « Notre coutume, Aladin, est d’exiger une grosse dot pour une princesse. Pour ma fille, je demande quarante plats d’or fin remplis de pierres précieuses. À cette seule condition je te donnerai ma fille. »
« Que Sa Majesté attende un instant, je reviens avec la dot qu’elle demande », répond Aladin au grand étonnement des personnes présentes. En hâte il rentre chez lui; un instant plus tard, on le voit apparaître dans la rue suivi de quarante servantes, chacune portant sur la tête un plat du plus bel or rempli des plus beaux joyaux. Il s’est procuré tout cela grâce à sa lampe magique… Quelle magnifique procession ! Aladin marche en tête, sur un superbe cheval arabe, suivi de sa mère, habillée comme une reine et accompagnée de douze esclaves. Des cavaliers les suivent, jetant à la foule émerveillée des milliers de pièces d’or.
Le sultan peut à peine en croire ses yeux. Il vient lui-même à la rencontre d’Aladin, l’embrasse comme son propre fils et, n’écoutant plus les avertissements jaloux de son vizir, il donne l’ordre de commencer les festivités.
En un instant la musique retentit et le sol se met à trembler sous les pieds des danseurs. Le palais ruisselle de lumières et tout le monde s’amuse. Le sultan, à qui Aladin a plu tout de suite, appelle ses juges et ordonne que le contrat de mariage soit signé sur-le-champ. Une fois la chose faite, Aladin se lève et demande la permission de se retirer.
« Où voulez-vous aller, mon fils ? » lui demande le sultan, « au­jourd’hui est un grand jour et votre épouse vous attend. »
« Sa beauté est telle qu’elle mérite davantage que ce que j’ai pu lui donner jusqu’à présent », répond Aladin. « J’ai décidé qu’avant le lever du jour, j’aurai fait construire un palais digne de recevoir la princesse. J’aimerais que vous choisissiez vous-même l’emplacement de notre future demeure. »
« Choisissez la partie de mon royaume qu’il vous plaira, si vous pensez que c’est nécessaire », dit le sultan, « mais vous n’avez pas besoin d’un palais car à partir de ce jour, celui-ci est le vôtre. »
Cette nuit-là, une armée de génies invisibles travaille à la construction du palais d’Aladin tout près de celui du sultan. Il est tout de marbre fin, de jade et d’agate; les pièces sont ornées d’or et d’argent, les murs de magnifiques tentures et les sols de merveilleuses mosaïques. Avant le lever du jour, le palais retentit des voix des servantes, du bruit de la vaisselle et du hennissement des chevaux dans les écuries. Le soleil se lève sur un tapis de velours qui court du palais d’Aladin au palais du sultan. Ainsi font les esclaves de la lampe conformément aux ordres d’Aladin.
La princesse Badroulboudour tombe éperdument amoureuse d’Aladin dès qu’elle le voit et les festivités de leur mariage durent quarante jours et quarante nuits dans le plus grand apparat. Le grand vizir, voyant que sa cause est perdue à jamais, ne tente plus d’empêcher leur bonheur.
Ils auraient donc pu vivre parfaitement heureux si, quelque part, le terrible magicien ne s’était un jour souvenu d’Aladin. Encore une fois, du fin fond de l’Afrique, il décide d’essayer de rentrer en possession de la lampe merveilleuse et de savoir ce qu’il est advenu de cet Aladin qu’il a emprisonné dans la trappe. Il s’installe donc devant ses instruments et prononce la formule magique. Quelle n’est pas sa surprise de voir qu’Aladin vit comme un prince et qu’il a épousé la fille du sultan lui-même!
Il entre dans une colère terrible, criant et gesticulant comme s’il était possédé par le diable, tout en se demandant comment lui dérober la fameuse lampe, car il est sûr que le fils d’un misérable tailleur n’a pu devenir gendre du sultan sans l’aide des pouvoirs magiques de la lampe.
Il se décide à agir et sans perdre une minute il frotte son anneau magique. En un éclair, le voilà transporté dans la ville même où vit Aladin. Il se promène dans les rues questionnant les passants. Bientôt il sait tout ce qu’il veut savoir sur Aladin et son palais. Alors il achète une douzaine de lampes neuves et commence à arpenter les rues en criant: « Qui veut échanger une vieille lampe contre une neuve? Qui veut échanger une vieille lampe contre une neuve ? »
Les citadins pensant que le camelot a perdu la raison profitent sans chercher davantage de cette offre inespérée. Le magicien échange en souriant lampe après lampe tout en se rapprochant du palais d’Aladin.
Quand il arrive aux portes du palais, il ne lui reste plus qu’une lampe « Une lampe neuve contre une vieille », crie-t-il sous les fenêtres d’Aladin. Il a appris qu’Aladin et son épouse ne sont pas au palais, ainsi ne craint-il pas d’être découvert. Il tremble d’émotion lorsque l’un des esclaves du palais ouvre la fenêtre et lui crie : « Attends un instant, notre maître a une très vieille lampe dans sa chambre. Je crois qu’il serait bien content, si on la lui changeait pour une neuve. »
Le magicien n’en croit pas ses yeux, l’esclave lui donne contre une neuve, la lampe merveilleuse qu’il désire depuis si longtemps… Dès qu’il l’a entre les mains, il se hâte de quitter la ville, puis il attend que la nuit tombe et que le palais soit endormi. Alors il frotte la lampe et le génie lui apparaît. « Maître, que désirez-vous ? » demande-t-il. « Je veux que le palais d’Aladin ainsi que la princesse soient transportés chez moi en Afrique, mais je veux qu’Aladin reste ici. Il s’expliquera lui-même avec le sultan », dit-il avec un rire mauvais.
La nuit est sans étoile et sans lune. Tout à coup, sans que personne ne s’en aperçoive, le palais s’élève dans le ciel, ne laissant à la place qu’une vaste surface de terre battue. Le matin, quand le sultan se réveille, il regarde comme il en a l’habitude, vers le palais d’Aladin. Mais ce jour-là, il ne peut en croire ses yeux, est-il en train de rêver ? Hélas non ! On aurait dit qu’un énorme coup de vent a balayé la terre et a tout emporté. A la place du palais, il n’y a plus qu’un espace vide. Horrifié, le vieux sultan fait appeler son grand vizir. « Dis-moi ce que tu vois », lui ordonne-t-il en ouvrant la fenêtre.
« Majesté, le palais du prince a disparu », s’écrie le vizir stupéfait. Puis, se tournant vers le sultan, il ajoute : « Si seulement vous m’aviez écouté, j’ai toujours pensé que cet Aladin avait usé de moyens malhonnêtes et de magie pour épouser votre fille ! Il faut l’attraper, le punir sévèrement et le forcer à s’expliquer. »
Le sultan, la veille encore, si attentionné pour Aladin, ne pense plus maintenant qu’à se venger.
« Il faut qu’il souffre les pires tortures », crie-t-il, fou de rage, « lancez les gardes à sa recherche, qu’on fouille toute la ville pour le retrouver. »
Ils ne cherchent pas longtemps. Aladin dort profondément près d’un buisson. On l’amène devant le sultan fou furieux et lorsqu’il est jeté dans le plus noir et le plus profond cachot, il n’a toujours pas compris ce qui lui arrive. Il est là impuissant, sans défense. Très loin au-dessus de lui, il entend la voix du sultan « Je te donne quatre jours et quatre nuits, si d’ici là la princesse Badroulboudour n’est pas revenue, je te ferai couper la tête.»
Aladin l’écoute le coeur serré. Où donc est sa chère princesse ? Il réfléchit longtemps à sa mystérieuse disparition et à la non moins mystérieuse disparition de son palais. Il comprend enfin que seul le magicien peut être l’auteur de ce crime. Mais comment le retrouver maintenant qu’il n’a plus sa lampe merveilleuse ?
Tandis qu’Aladin souffre dans sa prison, le magicien fait sa cour à la pauvre princesse Badroulboudour.
« Rien ne sert de pleurer, belle princesse, vous ne reverrez jamais Aladin », lui répète-t-il sans cesse. « Maintenant que je vous ai fait amener ici, en Afrique, vous et votre palais, personne n’osera plus essayer de vous enlever à moi. Je vous ai choisie pour épouse et ce soir je viendrai vous demander votre main. Si vous refusez de me prendre pour époux, malheur à vous ! » ajoute-t-il d’une voix menaçante avant de la quitter.
La princesse se cache tout d’abord la tête dans les mains et se met à pleurer. Puis elle imagine un plan : si Aladin est impuissant, sans le secours de sa lampe, elle, au moins, peut agir. Ce soir-là, elle met sa plus belle robe, s’enduit des plus riches parfums et ordonne qu’on prépare un somptueux festin, accompagné des vins les plus forts. Puis elle s’assoit et attend le magicien. Elle l’accueille avec son plus doux sourire.
« Vous êtes mon maître », lui murmure-t-elle en se prosternant devant lui. Le magicien ne peut détacher les yeux de la merveilleuse princesse. « Je vois que vous avez pensé à ma proposition », commence-t-il, mais elle ne le laisse pas terminer. Elle l’invite à se mettre à table, lui offre un verre de vin. La soirée passe, la princesse parle, rit, dit mille bêtises et le magicien ne cesse de boire. « Je sais, mon maître », dit enfin la princesse, « que votre pouvoir dépasse de loin celui de tous les rois du monde, d’où le tenez-vous ? » « De cette lampe », bégaie le magicien, sortant de sa robe la lampe merveilleuse, « il me suffit de la frotter ici et…», il ne peut terminer sa
phrase, il glisse lourdement sur le sol et se met à ronfler. La princesse n’attendait que cet instant, elle attrape la lampe et la frotte comme le magicien lui a indiqué.
« Que désirez-vous, maîtresse ? » demande le génie qui est si grand et si impressionnant que la princesse en est terrifiée. « Envoie ce magicien en enfer et reviens tout de suite », commande-t-elle, reprenant courage.
Le géant s’empare immédiatement du magicien et disparaît pour reparaître une seconde plus tard. « Vous n’entendrez plus parler de ce magicien », dit-il. « Désirez-vous autre chose, princesse ? »
« Ramenez ce palais où il était !»
La lampe une fois de plus réalise les désirs de la princesse. Avant que le coq ne chante, Aladin est libéré et rendu à sa princesse. Le sultan se réjouit avec eux et Aladin oublie bien vite les souffrances du cachot.
Mais à partir de ce jour, la lampe disparaît et on n’en entend plus parler. L’intelligente princesse l’a cassée en mille morceaux, elle en a brûlé une partie, enterré une autre et jeté le reste à la mer.
Ainsi agit-elle car elle craint l’envie et le désir de pouvoir qui sont souvent plus forts chez les hommes que la bonté.